Confronté à la désertification médicale et aux difficultés d’accès aux soins, le gouvernement va laisser les médecins faire un peu plus de téléconsultations, une pratique relativement peu développée en France par rapport au reste de l’OCDE.
« Je suis convaincue que la télémédecine doit être un outil d’inclusion en permettant d’aller vers celles et ceux qui sont les plus éloignés du système de santé », a indiqué, lundi 26 janvier, la ministre de la santé, Stéphanie Rist. La ministre a cité notamment « les personnes sans médecin traitant ou vivant dans des territoires sous-denses, les personnes dépendantes ou en situation de handicap (…) les personnes dans l’incapacité de se déplacer, ou encore les détenus ».
Pour stimuler la téléconsultation, les médecins vont pouvoir déroger dans un certain nombre de cas à la règle qui leur interdit de faire plus de 20 % de leurs consultations à distance, a indiqué Mme Rist en clôturant une consultation nationale de six mois sur la télémédecine.
Les médecins retraités, remplaçants ou en situation de handicap, pourront ainsi faire plus de 20 % de téléconsultations, tout comme les praticiens « connaissant des moments de vie particuliers », comme les jeunes parents, a expliqué Mme Rist.
Selon la ministre, les téléconsultations assistées par un autre professionnel de santé au côté du patient (infirmière par exemple) ne seront plus prises en compte dans le quota des 20 % du médecin. « La téléconsultation assistée sera développée dans les établissements sociaux et médico-sociaux, notamment les Ehpad. Tout le monde connaît, en particulier, l’enjeu très fort d’éviter les passages inutiles aux urgences », a déclaré Mme Rist.
« Signal fort »
Les grandes plateformes de téléconsultations se sont félicitées des annonces de Mme Rist, interprétées comme un soutien politique clair à une activité encore émergente, qui continue de susciter l’hostilité d’une partie du monde médical.
Comme l’Allemagne, l’Hexagone s’illustre par un recours encore relativement faible à la téléconsultation, qui ne représente que 3,3 % du total des consultations, contre 13 % en moyenne dans l’OCDE, selon des chiffres présentés lundi par l’Assurance-maladie.
« Ce sont les mesures fortes qu’on attendait (…) C’est un signal très fort envoyé aux déserts médicaux », a déclaré à l’Agence France-Presse (AFP) Nathaniel Bern, cofondateur de Medadom, qui exploite des bornes et des cabines de téléconsultation en pharmacies et en magasins d’optique.
« Il y a une vraie prise de conscience » des pouvoirs publics, une « envie d’aller de l’avant » sur la télémédecine, s’est réjoui Guillaume Auffret, directeur des affaires publiques au sein de la plateforme de téléconsultation MédecinDirect.
Le docteur Julie Salomon, pédiatre et directrice médicale de la plateforme de téléconsultation Qare, a aussi salué les propositions de Mme Rist, tout en regrettant qu’elle n’ait pas annoncé en même temps de revalorisation des actes de téléconsultation. « Pourtant cette revalorisation sera absolument décisive pour l’attractivité de l’activité » pour les personnels de santé, a-t-elle insisté.
Diagnostic partagé par un concurrent de Qare, qui préfère rester anonyme : « Une infirmière gagne 12 euros si elle assiste un patient pour une téléconsultation, et le médecin gagne 25 euros : ce n’est pas suffisant. Dans la téléconsultation assistée, on est sur des téléconsultations longues », a-t-il expliqué.
Pour Mme Rist, la téléconsultation doit toutefois continuer de faire l’objet d’une vigilance particulière. Certaines pratiques de téléconsultation « devront être questionnées ou interrompues » dans les secteurs de l’optique et de l’audioprothèse, a-t-elle déclaré. « La télémédecine a un rôle à jouer » dans ces secteurs, « à condition d’être utilisée dans un cadre vertueux facilitant l’accès encadré à des médecins ophtalmologues ou ORL », a-t-elle indiqué.














