- Les pouponnières de l’État, où sont accueillis les enfants placés par la justice ou abandonnés par leurs parents sont aujourd’hui surchargées.
- Le gouvernement prévoit d’investir 35 millions d’euros, notamment dans des unités plus petites qui permettront aux éducatrices de recréer un cocon chaleureux et rassurant.
- Une équipe de TF1 s’est rendue dans l’une de ces structures où chacune des professionnelles a sous sa responsabilité entre 4 et 6 enfants.
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Le 20H
« Je pense qu’il faut prévoir des vêtements. »
Ce jour-là, la directrice de l’une des 70 pouponnières de France prévient l’équipe : elle vient de recevoir un appel, un bébé de 6 mois a été trouvé dans la rue puis recueilli par des policiers et va leur être confié. Ces petites unités de l’Aide sociale à l’enfance accueillent les bébés jusqu’à 3 ans, maltraités, abandonnés ou en danger. « On n’est pas forcément prévenus très à l’avance des admissions. Ce petit garçon, on a été appelés à 10h et il est 12h20, il vient d’arriver »,
explique dans le reportage en tête de cet article Marlène Biguet-Mermet, puéricultrice et adjointe à la cheffe de service dans cette structure parisienne. Toutes les semaines, l’établissement accueille des tout-petits, souvent dans l’urgence.
Dans la pièce à côté, Théo, grand prématuré, est arrivé il y a 5 jours directement de la maternité. Pour quelles raisons est-il placé ? Secret professionnel. Chacune des professionnelles a sous sa responsabilité entre 4 et 6 enfants. Elles jonglent entre le bain, les repas, les soins et les jeux. Aux côtés des auxiliaires, des professeurs, des éducateurs ou encore un orthophoniste se relaient auprès des enfants.
11.000 bébés confiés à l’aide sociale à l’enfance l’an dernier
Le jour de notre tournage, la médecin Nathalie Regnier, médecin généraliste référente, rend visite à une petite fille qui souffre d’un retard de croissance. À cet âge, le bébé a plus que jamais besoin d’attention pour se développer normalement. « Compte tenu de leur parcours, ce sont des enfants qui prennent du retard dans leur développement. La plupart du temps, parce qu’ils ont été pris par d’autres problématiques »,
explique cette dernière.
L’année dernière, 11.000 bébés ont été confiés à l’aide sociale à l’enfance, un chiffre en hausse de 40% depuis 10 ans, conséquence d’une vigilance accrue. Les professionnels de la petite enfance, les médecins, signalent en effet plus facilement les situations à risque. Les juges prononcent donc plus souvent des décisions de placement. « On peut avoir un danger lié à la sécurité physique de l’enfant. Au cas des maltraitances, des violences sur les enfants ou des abus sexuels »,
pointe Olivier Humbert, juge des enfants au tribunal judiciaire de Lille (Nord). « Mais ça peut être également des défaillances psychiques, psychologiques des parents. Des parents qui sont déficients, qui ne sont pas en mesure de s’occuper de leur enfant au quotidien. »
Lorsque cela est possible, le juge engage ensuite un long travail avec les familles. Si elles opèrent les changements nécessaires, l’enfant peut à terme retourner vivre chez ses parents. Cet après-midi-là, à la pouponnière, Julia, bientôt 3 ans, dont deux passés dans l’établissement, reçoit la visite de sa mère. Ce placement dans l’intérêt de l’enfant, n’est pas toujours simple à accepter. « La séparation est compliquée. On s’y fait malheureusement, mais c’est compliqué, ça reste compliqué »,
reconnaît cette dernière. C’est notre petit moment à nous, on se retrouve. Ça lui plaît, à moi aussi de reprendre cette place que je n’ai pas eue depuis un moment »,
glisse-t-elle.
Ici, près de 60% des enfants ne retourneront jamais vivre dans leur famille. Tant qu’il existe un lien avec les parents, les bébés ne sont pas adoptables. Il faut donc trouver une famille d’accueil. Mais faute de place, les petits restent dans la pouponnière, certains au-delà de l’âge de 3 ans.
Un secteur exigeant
Nadine Gallais est éducatrice de jeunes enfants depuis 30 ans, elle essaie comme elle peut de partager des moments avec chacun à l’extérieur. « Un enfant lambda, il sort avec ses parents, il va dans les magasins, il va au marché, il prend les transports. Et eux, c’est un peu plus compliqué, on essaie de les sortir le plus possible. Mais malheureusement, ce n’est pas toujours possible »,
reconnaît-elle.
Comme tous les établissements du secteur, la pouponnière peine à recruter des professionnels diplômés. Pour s’occuper des 21 enfants, la directrice cherche en vain à embaucher deux auxiliaires de puériculture depuis des mois. « C’est un secteur qui est exigeant, des latitudes horaires qui sont larges, tôt le matin, tard le soir et des week-ends. Et quand un recrutement prend du temps, ce sont les professionnels de terrain qui pallient, reviennent sur des repos, se mobilisent »,
détaille Elise Lucchi.
Malgré des journées denses, les auxiliaires prennent le temps pour chaque bébé de remplir ses albums photos de souvenirs afin qu’ils aient une trace, eux aussi, de leur histoire: « Nous avons profité du beau temps pour faire des jeux d’eau sur la terrasse, tu as beaucoup apprécié ce moment. Tu éclabousses les copains et les copines avec l’eau qui est dans la bassine,
lit ainsi Marlène Biguet-Mermet, et ce n’est que le premier album, il y en a un autre »
. En grandissant, tous ces enfants pourront ainsi réaliser qu’au moment de leur vie où ils étaient les plus vulnérables, quelqu’un a pris soin d’eux.













