Après le gouvernement Lecornu 2, bientôt une nouvelle équipe Lecornu 3? L’équipe ministérielle dirigée par le locataire de Matignon pourrait changer (un peu) de visage dans les prochains jours. Désormais délesté de la séquence budgétaire, le Premier ministre va engager « un ajustement gouvernemental » comme l’a expliqué son entourage fin janvier.
La porte-parole du gouvernement Maud Bregeon a évoqué de son côté ce mardi matin sur RTL un remaniement « dans les jours à venir ». Un remaniement du gouvernement, plutôt considéré en haut lieu comme un ajustement, est prévu la semaine prochaine, a appris BFMTV de source gouvernementale, confirmant les informations du Parisien. Au plus tard la semaine du 16 février.
Mais avec quel casting?
« Personne ne connaît les ministres actuels, personne ne connaîtra les nouveaux », lâche, acide, un député macroniste.
Difficile de lui donner tort. À l’exception de quelques têtes d’affiche comme la ministre de la Culture Rachida Dati, Gérald Darmanin à la Justice et Amélie de Montchalin au Budget, la trentaine de membres du gouvernement restent méconnus du grand public. La faute en partie au budget qui a occupé le gouvernement et l’Assemblée depuis quatre mois mais pas seulement.
Des ministres « pas assez solides »
Après sa vraie-fausse démission, Sébastien Lecornu a recruté dans son équipe des profils peu identifiés mais spécialistes de leur maroquin ministériel à l’instar de Monique Barbut à la Transition écologique, Anne Le Henanff au Numérique ou encore Alice Rufo en numéro deux des Armées.
« Il faut faire un bilan. Qui est sorti du lot? Qui, au contraire, on n’a pas beaucoup vu? On a besoin de solidité au gouvernement et certaines personnes ne le sont pas assez », tranche le président des sénateurs macronistes François Patriat.
Et pour un Premier ministre qui se veut maître de son agenda, la fenêtre de tir pour un remaniement s’avère toute trouvée avec les municipales.
Selon les informations de BFMTV, la ministre déléguée chargée de l’autonomie et des personnes handicapées, Charlotte Parmentier-Lecocq va partir. Elle a rencontré le Premier ministre cet mardi après-midi pour l’informer de sa décision. Charlotte Parmentier, qui est aussi députée du Nord, a son suppléant qui se présente aux municipales avec des chances de victoire (Jean Moulliere à Templeuve-en-Pevèle) et donc cela aurait pour conséquence l’organisation d’une législative partielle.
Autre nom, celui de Rachida Dati. La candidate à Paris l’a déjà formulé. « Je quitterai bien sûr le gouvernement », avant le scrutin comme elle l’a expliqué sur BFMTV fin janvier. Il faudra donc lui nommer un successeur. Parmi les noms qui circulent, la conseillère culture d’Emmanuel Macron, longtemps dirigeante du Château de Versailles: Catherine Pégard. Cette dernière pourrait donc venir remplacer Rachida Dati dès la semaine prochaine.
Des départs pas forcément évidents
Sur le papier, pourtant rien n’empêche de faire campagne et de rester au gouvernement. Il faut cependant bien veiller à ne pas utiliser les moyens du ministère. On peut tout autant rester maire et devenir ministre comme ce fut le cas pour François Bayrou à Pau lors de son arrivée à Matignon.
Mais le cas de Rachida Dati pourrait faire jurisprudence pour ses collègues, d’autant plus que les cas sont rares au sein de l’exécutif. Michel Fournier, ministre délégué à la Ruralité est tête de liste à Voivres dans les Vosges, un village qu’il dirige depuis 1989. Autre candidate: Marina Ferrari, la ministre des Sports et de la Jeunesse se présente, elle, à Aix-les-Bains en Savoie.
Mais chargée notamment de l’organisation des JO d’hiver en 2030, cette élue Modem ne souhaite pas quitter son poste. « Je pense que pour être un bon ministre, il faut être ancré sur son territoire pour être au plus près des concitoyens. C’est une question d’organisation, ça se gère », a-t-elle expliqué en décembre lors du lancement de sa campagne.
Sur la sellette
Sébastien Lecornu se limitera-t-il à ces « ajustements » liés aux municipales? Pas forcément. Plusieurs noms reviennent dans les allées ministérielles au sujet de ces profils qui ne font pas l’affaire, à commencer par Marie-Pierre Vedrenne.
Déjà jugée plutôt mal à l’aise lors des questions d’actualité au gouvernement, la ministre déléguée auprès du ministre de l’Intérieur a fait grincer des dents place Beauvau en décembre dernier sur le dossier George Clooney. Cette ancienne députée européenne a estimé sur Franceinfo que la naturalisation de l’acteur américain et de sa famille n’était pas « le bon message ».
Alors que les procédures pour devenir français se font de plus en plus exigeantes, Marie-Pierre Vedrenne a expliqué « comprendre à titre personnel l’appréciation de certains Français sur ce sujet du deux poids deux mesures ». Réponse du quai d’Orsay: « l’action émérite » de Georges Clooney participe au « rayonnement de la France ».
Autre victime possible du remaniement: Monique Barbut. Chargée de la Transition écologique, cette ancienne patronne de WWW France, spécialiste de la biodiversité, n’a quasiment fait aucun passage dans les médias depuis sa nomination en octobre dernier. C’est plutôt son numéro deux, Mathieu Lefèvre qui s’expose médiatiquement et répond aux questions d’actualité au gouvernement.
« C’est une ministre qui se dit qu’elle est plus utile en coulisses qu’à prendre la lumière et je pense qu’elle a raison », la défend cependant une députée écologiste qui explique « l’apprécier ».
Un job « difficile »
Et Monique Barbut sait aussi se faire entendre. Elle a ainsi menacé de démissionner si le gouvernement soutenait une proposition de loi sénatoriale macroniste sur la reprise de l’exploitation du pétrole et du gaz en Outre-mer avec succès. Le ministre de l’Économie Roland Lescure a finalement émis un avis négatif au Sénat, qualifiant ce texte « d’anachronique ».
« C’est difficile d’être ministre. On veut des gens tout de suite opérationnels parce que tout va de plus en plus vite. Mais ça prend toujours du temps de maîtriser l’administration avec des gens qui ne vous veulent pas toujours du bien », soupire une ancienne du gouvernement de François Bayrou.
Reste que Sébastien Lecornu ne pourra pas se tromper à nouveau sur ce troisième gouvernement. Sauf énorme surprise, le Premier ministre devrait rester en poste jusqu’à la présidentielle en mai 2027 avec un gouvernement qui ne devrait plus guère bouger.
Dès lors, que faire dans les prochains jours des ministres qui trépignent à l’idée de se lancer dans la course pour l’Elysée? Le ministre de la Justice Gérald Darmanin a expliqué fin janvier sur LCI « songer » et même être « capable » de représenter son camp pour la présidentielle.
Une petite phrase qui pourrait agacer le Premier ministre dont il est pourtant très proche? Sébastien Lecornu avait lui-même exigé que son équipe soit « complètement déconnectée des ambitions présidentielles ». L’ambitieux garde des Sceaux sera-t-il dans la charrette des départs? La porte-parole du gouvernement Maud Bregeon en tout cas ne l’espère pas. « Gérald Darmanin n’est pas candidat à l’élection présidentielle », a-t-elle rappelé. Pour l’instant en tout cas.
Article original publié sur BFMTV.com













