Après une nouvelle nuit de manifestations à Téhéran et dans le reste du pays, l’Iran se réveille ce dimanche 11 janvier dans un climat toujours aussi tendu à cause la violente répression imposée par le régime iranien aux protestataires.
Comme l’a rapporté l’ONG Iran Human Rights ce dimanche, les deux semaines de mobilisation de la population ont déjà fait 192 morts. Et ce, alors que le dernier bilan faisait état de 51 morts seulement. Une forte hausse qui laisse craindre le pire à cette ONG basée en Norvège. Car le bilan humain pourrait être bien plus élevé que cette nouvelle estimation, la coupure d’internet de plusieurs jours ayant rendu difficile le décompte des victimes de la répression.
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L’organisation Human Rights Activists News Agency a quant à elle fait état de la mort de 116 personnes, dont 37 membres des forces de sécurité ou autres responsables. « Un massacre est en cours en Iran », a averti cette organisation basée aux États-Unis.
De son côté, la police iranienne a indiqué ce dimanche que « des arrestations importantes ont été menées » samedi soir « contre les principaux éléments impliqués dans les émeutes, qui, si Dieu le veut, seront punis après la fin des procédures légales ». Le chef de la police nationale, Ahmad‑Reza Radan n’a en revanche fourni aucun détail sur le nombre ou l’identité des personnes arrêtées.
Chaos dans les hôpitaux
À Téhéran, la mobilisation citoyenne a encore pris de l’ampleur. Des vidéos publiées sur les réseaux sociaux ont montré de grandes foules défilant dans la nuit de samedi à dimanche dans plusieurs villes iraniennes, notamment la capitale Téhéran et Machhad, dans l’est du pays.
La veille, des manifestants interrogés par CNN à Téhéran ont partagé leurs craintes et témoigné de la violence des forces de l’ordre contre des manifestants de tout âge. À l’instar de deux témoins anonymes, qui ont dit au média américain avoir vu les forces de sécurité, armées de fusils d’assaut, tuer « de nombreuses personnes » lors d’une manifestation vendredi soir dans la capitale iranienne.
Des manifestants d’un autre quartier de Téhéran ont également raconté leur impuissance face à cette violente répression. Ils ont donné l’exemple d’un homme d’une soixantaine d’années grièvement blessé par la police. Avec une quarantaine de plombs logés dans les jambes et un bras cassé, ils ont tenté d’accompagner cet homme à l’hôpital. Mais se sont retrouvés face à une situation « complètement chaotique » dans chaque hôpital où ils sont allés. Une autre manifestante interrogée assure à CNN avoir vu « corps entassés les uns sur les autres » dans un hôpital de Téhéran.
D’après Human Rights Activists News Agency, les hôpitaux sont effectivement « débordés », avec des réserves de sang qui diminuent et de nombreux manifestants à soigner après avoir été délibérément visées aux yeux par des tirs.
Plus de 60 heures de censure numérique
« Des balles, des gaz lacrymogènes, tout ce que vous pouvez imaginer, ils tiraient. C’était terrifiant », a également confié une Iranienne présente vendredi soir dans la capitale. Pour la soirée de samedi, il est encore difficile d’obtenir un bilan exact. La faute aux autorités iraniennes, qui comme l’explique RFI, a organisé un « black-out » numérique sans précédent.
Depuis jeudi soir, une coupure internet nationale est en vigueur dans presque tout le pays. Une forme de censure, qui permet au régime iranien de contrôler la circulation des infos et empêche les manifestants de partager des images et de se coordonner entre eux. Une censure numérique devenue une habitude du régime pour faire taire la contestation, bien que cette censure soit « pire que les précédentes » selon l’expert iranien en cybersécurité et en droits numériques interrogé par RFI, Amir Rashidi. Samedi soir, les lignes de téléphonie mobile ont également été coupées. Rendant la situation encore pire que lors de la dernière grande vague de manifestations de 2022-2023. À l’époque les lignes mobiles continuaient de fonctionner et le niveau de perturbation de la vie quotidienne n’avait rien à voir avec la situation actuelle.
Relativement silencieux ces derniers jours, le pouvoir iranien a fini par réagir ce dimanche, 14 jours après le début du mouvement. Et dans sa première prise de parole depuis l’intensification de la contestation contre le pouvoir, le président iranien Massoud Pezeshkian a déclaré que « le peuple ne devrait pas permettre aux émeutiers de déstabiliser la société ».
« Le peuple devrait avoir confiance en notre volonté d’instaurer la justice », a-t-il encore dit lors de cette interview télévisée. Alors que la République islamique fait face à l’un de ses plus grands défis depuis sa proclamation en 1979, le président américain Donald Trump a, lui, répété samedi que Washington se tenait « prêt à aider » les manifestants « aspirant à la liberté ».
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