Le procès pour apologie du terrorisme de l’Iranienne Mahdieh Esfandiari, possible monnaie d’échange avec Téhéran contre les Français Cécile Kohler et Jacques Paris, s’est ouvert mardi 13 janvier au tribunal correctionnel de Paris.
« Je suis ici aujourd’hui (…) je vais enfin pouvoir m’exprimer sur les faits, car il y a eu beaucoup d’histoires erronées me concernant dans les médias, et beaucoup de mensonges », a déclaré la prévenue à la presse devant la salle d’audience, juste avant l’ouverture du procès. A ses côtés, un de ses avocats, Nabil Boudi, a fait savoir qu’elle attendait « d’être blanchie intégralement ».
L’Iranienne de 39 ans est jugée avec quatre autres personnes, dont l’essayiste d’extrême droite multicondamné Alain Soral, absent et visé par un mandat d’amener. Deux autres hommes ne se sont pas non plus présentés à l’audience, qui a débuté sur des questions procédurales.
Mme Esfandiari comparaît pour apologie d’un acte de terrorisme commis en ligne après des propos faisant l’apologie du 7-Octobre, provocation directe en ligne à un acte de terrorisme (des délits passibles de sept ans d’emprisonnement et 100 000 euros d’amende), injure publique en ligne en raison de l’origine, ethnie, nation, race ou religion et association de malfaiteurs. Elle conteste les accusations.
Parmi les nombreux propos qui lui sont reprochés : avoir publié la phrase « Une attaque qui fait le bonheur de milliards de gens dans le monde… » en référence aux massacres du 7-Octobre ; avoir remercié « ceux qui ont soutenu la résistance (…) Et à leur tête la République islamique d’#Iran » ou un an plus tard, avoir célébré, notamment avec des émoticônes, l’anniversaire de l’attaque perpétrée par le Hamas.
Cécile Kohler et Jacques Paris bloqués à l’ambassade de France à Téhéran
Les autorités iraniennes souhaitent échanger Mahdieh Esfandiari, arrêtée en France en février 2025, contre Cécile Kohler, 41 ans, et Jacques Paris, 72 ans, qui avaient été incarcérés en Iran en mai 2022 avant d’être condamnés respectivement à vingt et dix-sept ans de prison, notamment pour espionnage pour Israël, puis libérés début novembre 2025, avec interdiction de quitter le pays. Ils restent pour l’heure bloqués à l’ambassade de France à Téhéran.
Mahdieh Esfandiari a obtenu, fin octobre, après huit mois de détention provisoire, sa libération sous contrôle judiciaire, avec interdiction de quitter le territoire français.
« Cet échange entre nous et la France a été négocié. Il y a eu un accord et en effet, nous attendons que toute la procédure juridique et judiciaire se fasse dans les deux pays », avait déclaré fin novembre le chef de la diplomatie iranienne, Abbas Araghchi, à France 24. « Une procédure judiciaire est en cours, qu’il ne nous appartient pas de commenter », a de son côté déclaré une source diplomatique française.
Interrogée par l’Agence France-Presse (AFP), la diplomatie française s’est refusée à tout commentaire quant à l’impact potentiel sur leur libération du mouvement de protestation qui secoue l’Iran depuis fin décembre, et dont la répression a fait plus de 600 morts.
Devant l’Assemblée nationale, le premier ministre Sébastien Lecornu a néanmoins justifié mardi la prudence de la France sur la contestation en Iran, critiquée par le fils de l’ancien chah et d’une partie de la classe politique française, par la situation « plus que fragile et préoccupante » des deux Français.
Selon la sœur de Cécile Kohler, Noémie Kohler, ils « vont bien ». « Ils sont avec les personnels essentiels [de l’ambassade] qui continuent à être très attentifs à leur égard », a-t-elle déclaré à l’AFP. « Leur sécurité est assurée », a souligné de son côté Anne-Laure Paris, la fille de Jacques Paris. « Ils se remettent peu à peu de leur détention, mais ils sont impatients de rentrer ».
Plusieurs associations parties civiles
Les faits qui sont reprochés à Mme Esfandiari ont été commis à Paris et à Lyon de courant 2023 jusqu’au 3 décembre 2024, notamment sur les plateformes Telegram, X, Twitch et YouTube et le site Egalité et réconciliation d’Alain Soral.
Le 30 octobre 2023, le parquet de Paris avait reçu un signalement du ministre de l’intérieur concernant un compte Telegram, @Axe_de_la_Résistance, faisant l’apologie de l’attaque terroriste menée par le mouvement islamiste palestinien du Hamas le 7 octobre 2023 en Israël, incitant à des actes de terrorisme et injuriant la communauté juive. Après plusieurs mois d’enquête, des juges d’instruction avaient été saisis en novembre 2024. Selon leur ordonnance de renvoi devant le tribunal correctionnel, Mahdieh Esfandiari a occupé une « place centrale dans l’organisation Axe de la résistance » et « a secondé » Maurizio Buisson, un ancien étudiant de l’université Al-Mustafa de Qom en Iran qui en était le principal organisateur. Il est lui aussi jugé.
Lors d’une perquisition au domicile de l’Iranienne, ont été retrouvés des livres édités par le régime iranien et plus de 2 000 euros en liquide. Arrivée en France en 2018, elle y a créé une entreprise de traduction et interprétariat et avait pour projet en 2025 de rentrer dans son pays.















