Des centaines de Syriens ont protesté ce dimanche 22 mars à Damas contre les restrictions imposées à la vente d’alcool dans la capitale par les nouvelles autorités islamistes, qui veulent l’interdire dans les bars et restaurants et la limiter à trois quartiers chrétiens.
Les manifestants se sont rassemblés à Bab Touma, quartier chrétien de la vieille ville, à l’appel de militants de la société civile, et ont été encadrés par un important dispositif policier, selon une équipe de l’AFP sur place.
« Les libertés individuelles sont une ligne rouge », proclamait l’une des banderoles brandies lors de cette manifestation silencieuse par les protestataires, dont certains portaient également des drapeaux syriens.
Le gouvernorat de Damas avait annoncé le 17 mars restreindre la vente de boissons alcoolisées à trois quartiers chrétiens – dont Bab Touma – et l’interdire dans les bars, restaurants et boîtes de nuit. Les commerces vendant de l’alcool ont trois mois pour se conformer à la nouvelle réglementation.
Rami Koussa, scénariste de télévision de 37 ans, se demande si l’objectif de telles décisions est « de tester (la population) pour faire passer d’autres mesures similaires limitant les libertés publiques ». « De telles décisions ne passeront pas », estime-t-il.
Un tollé sur les réseaux sociaux
Les Syriens « ont des milliers de problèmes qui ont été mis de côté, de la pauvreté aux déplacés (..) », déplore Hanan Assi, professeure de 60 ans, une autre manifestante.
La décision du gouvernorat de Damas a provoqué un tollé sur les réseaux sociaux. Depuis la chute de Bachar el-Assad en décembre 2024, les nouvelles autorités islamistes ont imposé certaines mesures qui ont suscité des inquiétudes quant à la montée du conservatisme.
Ainsi, elles ont imposé l’an dernier le port de maillots couvrants sur les plages publiques, et la province côtière de Lattaquié a interdit aux fonctionnaires d’être maquillées au travail.
Malke Mardinali, comédien de 31 ans, qui avait moqué la décision des autorités dans une vidéo, estime en marge de la manifestation que « ces décisions sont en train de rassembler de plus en plus de gens contre elles ».
Mirella Abou Shanab, manifestante de 37 ans, explique que la décision des autorités « prive des gens de leurs moyens de subsistance et divise Damas. C’est une liberté individuelle, celui qui veut boire de l’alcool doit pouvoir le faire et celui qui ne veut pas, ne le fait pas », estime-t-elle.
Le gouvernorat de Damas avait justifié sa décision par des plaintes de riverains et par sa volonté « d’éliminer les pratiques contraires aux bonnes moeurs ».
Une éventuelle exemption pour certains restaurants à l’étude
Dans un communiqué samedi, le gouvernorat a indiqué maintenir sa décision, qui ne s’applique pas aux hôtels, mais étudier une éventuelle exemption pour les restaurants « à caractère touristique ».
Le nouveau pouvoir syrien s’est engagé à protéger les minorités, dont les chrétiens, mais les craintes de ces derniers se sont aggravées depuis un attentat-suicide contre une église en juin dernier à Damas, qui avait fait 25 victimes.
Les violences communautaires, qui ont fait des milliers de morts en mars 2025 puis en juillet, ont sapé la confiance dans les autorités, accusées de ne pas protéger les minorités, voire d’inciter ou de participer aux atrocités.
La ministre des Affaires sociales, Hind Kabawat, seule chrétienne du gouvernement, a implicitement critiqué la décision, potentiellement stigmatisante pour les populations chrétiennes de Syrie.
« Les chrétiens de Syrie sont ses habitants originels (…) et les organisations chrétiennes ont aidé le peuple syrien sans discrimination durant les périodes les plus difficiles », a-t-elle souligné dans un message sur Facebook.
« Nos quartiers ne sont pas des lieux de consommation d’alcool et de drogues, mais bien le coeur de Damas et de sa glorieuse histoire, un lieu de coexistence », a-t-elle insisté. « Nous n’avons jamais été ivres, mais nous sommes ivres d’amour pour la Syrie ».
Article original publié sur BFMTV.com











