Une modeste ville côtière, des maisons d’héritage soviétiques, des parasols sur la plage, des restaurants aux simples chaises en plastique… Et l’élite du pouvoir chinois. Située à 300 kilomètres de Pékin, la ville de Beidaihe intéresse pour ses contradictions.
Peu connue du grand public, elle attire pourtant 50 millions de touristes chinois chaque année, au premier rang d’entre eux les leaders du Parti communiste chinois (PCC). Et ce, depuis 1953 et le choix de cette cité par Mao Zedong pour accueillir les dignitaires communistes comme lieu de travail et de repos estival.
« La politique chinoise est une immense boîte noire, et Beidaihe en est l’un des symboles. Car personne ne sait exactement ce qui s’y passe réellement, mais tout le monde en sait quelque chose », relate auprès de CNN Johnny Erling, journaliste allemand à la retraite ayant travaillé en Chine pendant une quarantaine d’années.
« La police était déjà sur la plage »
Le journaliste se remémore aussi l’un de ses voyages dans la cité balnéaire chinoise, où les visiteurs étrangers sont parfois largement surveillés par les autorités. « La police savait que j’allais y aller, grâce à mes réservations téléphoniques et d’hôtel… Ils me demandaient de ne pas y aller », relate-t-il tout an ajoutant « y être allé » quand même et s’être rendu près d’une zone censée abriter le complexe de dignitaires communistes.
« Quand j’y suis allé en 2018, la police était déjà sur la plage, faisant semblant de se baigner. Partout je voyais ces agents de sécurité parler dans des talkies-walkies: « Un étranger arrive! Un étranger arrive! », confie-t-il au média américain.
Encore aujourd’hui, le choix de Beidaihe pour abriter la villégiature des pontes communistes chinoises n’est pas anodin selon les spécialistes du pays. Les hauts dirigeants du PCC « ne veulent pas donner l’impression de se rendre dans un endroit chic où la corruption pourrait avoir cours », affirme auprès de CNN Rana Mitter, historienne de la Chine moderne. D’autant quand la lutte contre la corruption est l’un des combats affiché par l’actuel président chinois Xi Jinping.
« Séjourner dans un complexe hôtelier très traditionnel et plutôt modeste est un bon moyen de symboliser cela, alors que séjourner dans un hôtel cinq étoiles à Hainan ou dans un hôtel international dans les Caraïbes n’aurait pas vraiment le même effet », poursuit l’historienne.
Touristes et officiels doivent donc le temps que quelques semaines coexister la ville. La sécurité doit « tout prendre en compte, c’est vraiment sérieux. Mais d’un autre côté, ils doivent préserver ce lieu en tant que station balnéaire, ce qui crée une grande contradiction », analyse Johnny Erling.
Article original publié sur BFMTV.com











