« Caractère totalement gratuit des violences », « caractère particulièrement humiliant et méprisant des faits commis », « atteinte considérable à l’image de la police nationale » : la présidente du tribunal correctionnel a eu des mots graves pour justifier son délibéré, jeudi 5 février, à Bobigny. Le gardien de la paix Alexandre M. a été condamné à six mois de prison avec sursis et à une interdiction d’exercer son métier sur la voie publique pendant deux ans. Le fonctionnaire était poursuivi pour avoir giflé un jeune homme de 20 ans, Alan B., avant de lui cracher au visage, le 28 août 2025, à Saint-Denis.
Fait notable, son collègue, Baptiste D., a lui aussi été reconnu coupable et condamné à deux mois de prison avec sursis. Il n’avait pourtant pas été renvoyé devant le tribunal par le parquet, mais a comparu par citation directe de l’avocat de la victime, Mᵉ Pierre Brunisso. Le tribunal a estimé fautive son absence de réaction face aux agissements d’Alexandre M. « Il s’agit d’un premier pas vers une inversion du paradigme actuel, l’indifférence coupable est aujourd’hui sanctionnée », s’est réjoui le conseil d’Alan B.
A l’origine de la procédure, la diffusion le 5 septembre d’une vidéo amateur des faits sur les réseaux sociaux. « Une heure après la publication, j’ai reçu des coups de fil de l’IGPN [inspection générale de la police nationale] et de la DTSP [direction territoriale de la sécurité de proximité, dont dépend le policier] pour m’alerter », a expliqué la procureure Fanny Bussac. Ce n’est qu’après qu’elle a déclenché une enquête que la victime, Alan B., s’est décidé à porter plainte. « Au début je ne savais pas quoi faire, je ne savais pas encore qu’il y avait une vidéo, il n’y avait pas de témoins, je ne savais pas si l’IGPN m’écouterait », s’est remémoré le jeune Dyonisien.
Alors qu’il avait mentionné la légitime défense lors de son audition par les enquêteurs de l’IGPN, Alexandre M. s’est finalement abstenu d’aller sur ce terrain. « Je n’aurais pas dû le faire, c’est odieux […], indigne de ma fonction, je regrette ce geste », a-t-il réitéré à plusieurs occasions. Une évolution qu’a relevé la procureure au moment de requérir, tout en pointant une forme d’ambivalence : « Heureusement, [Alexandre M.] a évolué sur ses positions par rapport à son premier rapport, mais il a continué de vouloir donner des explications absolutoires, ou en forme de justifications. »
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