Dans leur livre De Gaulle, la France et le monde (Gallimard, 2025), Alya Aglan et Julian Jackson retracent le parcours du héros de la Libération, puis du chef d’Etat au prisme des dessins de presse publiés à l’étranger. Le sujet ne pouvait espérer de meilleurs auteurs, tant l’érudition de ces deux historiens se complète parfaitement pour mener une telle enquête. Julian Jackson est l’auteur d’une biographie du général, De Gaulle, une certaine idée de la France (Seuil, 2019), tandis que Alya Aglan a publié une anthologie de l’humour résistant de 1940 à 1945, Le Rire ou la vie, anthologie de l’humour résistant 1940-1945 (« Folio Histoire », Gallimard, 2023).
De Gaulle, par son destin, mais aussi par sa silhouette si distinctive, est tout ce dont le dessinateur peut rêver. De l’appel du 18 juin 1940 jusqu’à sa mort en 1970, il est, pour la caricature, une source intarissable d’inspiration. De Gaulle est tantôt campé en Gulliver entravé par Winston Churchill et Dwight Eisenhower, alors qu’il est tenu éloigné des négociations du Débarquement (dans le magazine britannique News Chronicle, en juin 1944). Ou, plus tard, en monarque hautain, alors qu’il refuse l’entrée du Royaume-Uni dans la Communauté économique européenne en 1963 (dans le journal suisse Nebelspalter, en 1963).
Caractère opiniâtre
La lecture des dessins, soutenue par de rigoureuses légendes et un éclairant rappel du contexte politique, révèle la personnalité d’un chef d’Etat sûr de son destin et de celui de la France dans le monde. Une volonté d’indépendance, notamment illustrée par un dessin d’Edward McLachlan pour le tabloïd britannique Sunday Mirror (1967), dans lequel le Général contemple un globe terrestre dont il a peint la surface en noir, à l’exception de l’Hexagone.
Tout semble avoir été commenté par la presse étrangère, les accords d’Evian, qui signent l’indépendance de l’Algérie en 1962, la reconnaissance de la Chine de Mao en 1964, le départ du commandement de l’Organisation du traité de l’Atlantique Nord en 1966. Mais aussi la répression de la manifestation de Charonne contre l’Organisation de l’armée secrète en 1962, le décalage croissant avec les aspirations de la jeunesse française en 1968.
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