« Sans espoir, on est foutu. Dans le monde dans lequel on vit, l’obscurité semble vouloir gagner. Alors je m’accroche à la lumière. » Dave Pen, chanteur et guitariste du groupe britannique Archive, est à Paris pour présenter un film dont il est le héros : Run Again. Joli pas de côté que ce documentaire signé Alban Berg, qui, non content de capter le musicien sur scène, l’a suivi dans un parcours tout à fait inattendu, la Spine Race : une course en autonomie de 431 kilomètres qui fait remonter la Grande-Bretagne en plein hiver à une bande de dingues comme lui, sous la lumière spectrale du jour et dans l’obscurité glaçante de la nuit. Engelures, manque de sommeil, hallucinations… On appelle cela l’ultra-trail, une discipline où aller au bout de soi résonne pour ses participants comme une libération.
« Les nuits d’hiver sont longues. La plus grande part de la course se passe dans l’obscurité. Alors, forcément, quand on aperçoit un peu de lumière, c’est comme… » Le longiligne Britannique aux yeux joyeux laisse la phrase en suspens pour attraper sa pinte de bière. Portrait d’une bête de scène en coureur de fond. « Dans les deux cas, ce sont nos émotions qui sortent : nos peurs, nos frustrations, notre amour, notre tristesse, nos rages… Mais les dynamiques sont opposées. Quand je chante, ces émotions s’échappent avec des mots, qui montent [il mime, son corps, sa bouche tournés vers le ciel]. Quand je cours, elles descendent, elles se déposent [cette fois, il semble tapisser le sol de sa main]. Elles vous laissent dans le silence. »
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