L’AVIS DU « MONDE » – À NE PAS MANQUER
Dans la galaxie ombragée du documentaire – où se fomente un cinéma qui requiert autant d’attention que d’invention –, peu de noms retiennent finalement l’attention du grand public. Pire, par-delà tel ou tel coup d’éclat, par-delà telle ou telle attraction du sujet, l’idée même d’une œuvre pérenne, donc d’une vision d’auteur, a du mal à s’envisager. Michael Moore et Frederick Wiseman, aux Etats-Unis, Nicolas Philibert, en France, sont parmi les rares à jouir aujourd’hui d’un tel privilège. Gianfranco Rosi, 61 ans, installé à New York, trace lui aussi son sillon depuis les années 2000. Lui aussi impose son style : sujets graves, inclination esthétisante, approche chorale. Il en résulte une œuvre qui ne fait sans doute pas mouche à tous les coups, mais qui lui vaut d’avoir remporté – occurrences rarissimes pour un documentariste – le Lion d’or à Venise en 2013 avec Sacro GRA et l’Ours d’or à Berlin avec Fuocoammare en 2016, respectivement consacrés à la sociologie urbaine du périphérique romain et à l’accueil des réfugiés sur l’île de Lampedusa.
Il est loisible de penser qu’il signe avec Pompei son plus beau film. Située dans la baie de Naples, en Campanie, la ville, zone sismique sensible, a été ensevelie en 79 de notre ère par une éruption du Vésuve et fut redécouverte au XVIIe siècle. Les fouilles mettent au jour une cité de l’antiquité romaine dans un état de conservation exceptionnelle, où les restes des corps gisant seront plus tard reconstitués par des moulages en plâtre, formant la plus étrange, tragique et miraculeuse des statuaires. L’on pressent, et l’on vérifie en le voyant, que ce « sujet », bien davantage que ceux de l’actualité auxquels il se confronte, attendait Rosi. Son style – impressionniste, nébuleux, holistique – trouve à Pompéi son terreau idéal : une évocation sur l’angoissante précarité de nos existences, sur les strates du temps qui enfouissent l’existant, le révèlent à son inactualité fondamentale.
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