Les tracteurs sont lancés et la mobilisation des agriculteurs a repris, lundi 5 janvier, pour faire pression sur le gouvernement alors que le premier ministre, Sébastien Lecornu, recevait dans l’après-midi une partie des syndicats.
Les rencontres ont débuté, lundi, avec les Jeunes Agriculteurs (JA) à 15 heures, puis avec la Coordination rurale (CR) à 18 heures, avant des entretiens, mardi à 17 h 30, avec la puissante FNSEA, suivie de la Confédération paysanne à 19 heures.
Selon plusieurs arrêtés préfectoraux consultés par l’Agence France-Presse (AFP), les mouvements de tracteurs sont interdits dans plusieurs régions de France jusqu’à jeudi. Ces textes ont été rendus publics après que la Coordination rurale, reçue à Matignon, a fait planer la menace de lancer ses tracteurs vers la capitale.
Barrage filtrant à Calais
Les crises sont nombreuses : épizootie de dermatose nodulaire contagieuse (DNC) qui touche les bovins ; faible cours du blé et prix élevé des engrais qui plombent les céréaliers ; menace d’une concurrence accrue des pays latino-américains du Mercosur ; négociations ardues à venir concernant la politique agricole commune (PAC) européenne ; détresse des viticulteurs…
Après une dizaine de jours de trêve, plusieurs points de blocage ont été dénombrés par la gendarmerie, lundi, notamment sur les autoroutes A75 (Le Buisson, Lozère), A64 (Carbonne, Haute-Garonne), A51 (Roissard, Isère) et sur l’A7 au niveau de l’échangeur de Chanas dans le même département.
D’autres voies d’accès à Lyon sont également perturbées. Un cortège de 30 tracteurs bloque depuis la mi-journée une voie d’accès à l’autoroute du Soleil (A7) au sud de la métropole. « On ne bouge pas jusqu’à ce que le gouvernement réponde à nos sollicitations » concernant la dermatose ou l’accord avec le Mercosur, explique Laurence Chanove, animatrice régionale de la Coordination rurale. Quelques dizaines d’agriculteurs et 35 tracteurs ont aussi installé un barrage filtrant, lundi, à Calais, dans le Pas-de-Calais, pour vérifier les marchandises transportées. Le but : « faire prendre conscience aux citoyens qu’on nous impose des normes de production que d’autres pays ne respectent pas », explique Antoine Peenaert, responsable local de la FNSEA.
Mobilisation nationale, dimanche, à l’appel de la FNSEA
La FNSEA, le plus puissant des syndicats, qui avait lancé ses tracteurs à l’assaut de la capitale début 2024, a sonné la mobilisation nationale, dimanche, ce qui pourrait donner de l’ampleur au mouvement.
Après des premières rencontres à Matignon et à l’Elysée en décembre, le gouvernement a promis vendredi « de nombreuses mesures » pour les agriculteurs « tout au long du mois de janvier », selon l’entourage de M. Lecornu. La ministre de l’agriculture, Annie Genevard, a annoncé, lundi matin sur X, que le fonds hydraulique agricole passerait à 60 millions d’euros en 2026. En 2025, 20 millions d’euros étaient destinés à 97 projets.
Sébastien Lecornu et Annie Genevard ont confirmé, dimanche, qu’ils suspendraient par arrêté l’importation de fruits et légumes d’Amérique du Sud contenant des résidus de fongicides et d’herbicides interdits en Europe – les mancozèbe, glufosinate, thiophanate-méthyle et carbendazime. Attendu mardi au Journal officiel, l’arrêté devra toutefois obtenir l’accord de Bruxelles, où Annie Genevard se rend mercredi pour une réunion spéciale avec ses homologues européens sur le Mercosur et la PAC.
77 % des bovins vaccinés dans le Sud-Ouest
Pour l’heure, les syndicats jugent tous ces promesses « insuffisantes », la FNSEA dénonçant notamment une « absence de vision (…) mortifère » et un manque de réponses concrètes aux « problématiques de revenus des agriculteurs ».
Ces dernières semaines, le syndicat, soutien de la stratégie gouvernementale contre la dermatose nodulaire, avait laissé la main à ses sections locales pour se mobiliser, menant surtout une manifestation massive à Bruxelles en décembre contre le Mercosur.
La Coordination rurale (deuxième syndicat, adepte des opérations coups de poing et antiécologiste) et la Confédération paysanne (troisième syndicat, classé à gauche) étaient en pointe de la contestation en France depuis décembre. Ils réclament la vaccination généralisée du cheptel bovin (près de 16 millions de bovins) et l’arrêt de l’abattage intégral du foyer dès le premier cas de dermatose nodulaire.
Dans ce contexte, la vaccination des bovins dans le Sud-Ouest a, elle, passé le cap des 77 %, première condition pour lever ensuite les restrictions de mouvements d’animaux dans les zones concernées, a déclaré lundi le ministère de l’agriculture. « A la date du 5 janvier 2026, 77,3 % du cheptel des dix départements du Sud-Ouest concernés est vacciné, soit 558 022 bovins », a précisé le ministère. L’objectif du gouvernement est de vacciner environ 750 000 bovins d’ici à la mi-janvier contre cette maladie, dont la gestion par l’Etat a ravivé la colère d’agriculteurs.













