Le tribunal correctionnel de Paris rendra sa décision le 28 septembre dans le dossier du crash du Ouagadougou-Alger survenu en juillet 2014, pour lequel la compagnie Swiftair a été jugée pendant trois semaines pour homicides involontaires.
Mercredi, le parquet avait requis la peine maximale, 225.000 euros, contre cette compagnie espagnole propriétaire du McDonnell Douglas MD-83 qu’elle avait loué à Air Algérie avec son équipage.
Dans l’appareil qui effectuait le vol AH5017 se trouvaient 110 passagers dont 54 Français, 23 Burkinabé, des Libanais, des Algériens et six membres d’équipage, tous Espagnols. Il s’est crashé en plein Sahel le 24 juillet 2014.
Au dernier jour du procès, jeudi, les avocats de la défense ont longuement plaidé la relaxe, en martelant que « tout crash n’égale pas responsabilité pénale », selon Me Rachel Lindon.
L’avocate a pointé un dossier alimenté par les enquêteurs français « ni fait, ni à faire », dont les conclusions ont mis en lumière des manquements de la compagnie comme cause directe de l’accident… à rebours de la justice espagnole, qui a rendu un non-lieu.
Ses confrères en défense, Mes Julie Hanoun, Jean-Baptiste Charles et Louis Falgas, ont rappelé qu' »on ne saura jamais ce qui s’est dit entre les membres de l’équipage », à qui « on impute des hypothèses, des conjectures, voire des leçons de morale, mais aucune certitude ».
En pleine nuit, alors que l’aéronef traversait une zone intertropicale orageuse, la non-activation du système d’antigivrage avait conduit à la formation de cristaux de glace dans des capteurs de pression, entraînant la décélération automatique des moteurs, sans réaction appropriée de l’équipage et jusqu’au décrochage fatal. La « boîte noire » de l’avion n’a pu être exploitée.
Face à l’accusation, nourrie d’expertises, qui avait souligné un « manque de formation » du commandant de bord et de la co-pilote, notamment parce que le premier avait manqué une séance obligatoire de remise à niveau portant précisément sur l’antigivrage, ou que les deux étaient « saisonniers » et sortaient d’une période d’inactivité de plusieurs mois, la défense a entendu apporter un « éclairage technique » autant qu’une rigueur juridique.
« Toutes les fautes ne sont pas des fautes pénalement qualifiables, toutes n’entraînent pas la responsabilité de la personne morale », a fait valoir Me Lindon en contestant, le cas échéant, le « lien causal » entre les manquements et le crash, dont l’établissement est nécessaire pour prononcer une condamnation.
« Le niveau de formation de cet équipage est au-dessus de la moyenne. Et d’un coup, l’évidence n’aurait pas été comprise ? », a-t-elle interrogé en faisant observer que « toute interprétation repose donc sur des hypothèses: le doute est insurmontable ».
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