C’est l’histoire d’une problématique économique et internationale dépassant largement l’hexagone, instrumentalisée à des strictes fins politiques, en dépit d’une position plutôt conforme à l’unanimisme qui s’observe sur le sujet. Jeudi, Emmanuel Macron a annoncé que la France refusera de signer l’accord entre l’UE et le Mercosur. Cela n’a pas empêché que le texte soit approuvé par une majorité d’États européens ce vendredi 9 janvier, avant une signature officielle par la présidente de la Commission européenne qui pourrait intervenir dès lundi.
Découvrez HuffPol, notre newsletter 100 % politique
La position du président représente une première de la part d’un pays fondateur de l’UE, qui s’explique exclusivement par le rejet provoqué par ce texte en France, et en particulier auprès du monde agricole, dont la colère est soutenue par l’ensemble du spectre politique. Car le chef de l’État, européen convaincu et libéral sur le plan économique, s’est plusieurs fois prononcé en faveur de cet accord.
Sauf que l’intensité de la grogne paysanne (par ailleurs appuyée par l’opinion) se concentre largement sur cet accord, érigé en totem des difficultés agricoles françaises. Peu importe que la réalité soit plus contrastée, et que la France ait obtenu des garanties dans le money time (clauses de sauvegarde, mesures miroirs et renforcement des contrôles aux frontières), la mobilisation du monde paysan, instrumentalisée politiquement, a pris le dessus.
« Rejet politique unanime »
C’est ainsi que Les Républicains ont promis une censure immédiate au gouvernement si la France se positionnait en faveur de l’accord et ce, même si leurs alliés du PPE au Parlement européen sont très largement favorables au traité. Face au risque d’un retour de l’instabilité, Emmanuel Macron, qui n’a pas réussi à obtenir une minorité de blocage au sein de l’UE, a donc préféré temporiser, dans un contexte où la présidente de l’Assemblée nationale, Yaël Braun Pivet, a été chahutée par les agriculteurs manifestant devant le Palais Bourbon. Malgré les concessions qu’il juge « incontestables », le chef de l’État s’est rangé derrière l’opposition au texte. « Le constat doit être dressé d’un rejet politique unanime de l’accord », a-t-il souligné.
Assez pour clore ce chapitre en France ? Pas du tout. Car, opposition de la France ou non, l’UE a donné son feu vert au texte, Paris n’ayant plus aucun moyen de le bloquer. Résultat : le Rassemblement national et la France insoumise, qui savent bien que plus rien ne s’oppose à sa ratification, entendent sanctionner le gouvernement. Et ce, même si l’exécutif a pris le pari de l’isolement en Europe pour ne pas ajouter une couche de crise supplémentaire aux difficultés, nationales et internationales, traversées par la France.
Jordan Bardella réduit ainsi la position du chef de l’État, qui s’oppose officiellement au traité, à « une manœuvre de communication aussi tardive qu’hypocrite » et à « une mise en scène », dans la mesure où le locataire de l’Élysée (par cohérence diplomatique) a refusé de rentrer dans un processus de confrontation brutale avec l’UE, aux issues incertaines, voire dangereuses. Raison pour laquelle l’eurodéputé a annoncé que le parti d’extrême droite déposerait une motion de censure. Une balle à blanc à moindres frais visant à flatter les agriculteurs en colère, car celle-ci n’a aucune chance d’aboutir. Même position adoptée par la France insoumise, qui a aussi annoncé une motion de censure contre le gouvernement.
« Coup politicien »
Une sanction qui, en réalité, vise surtout Emmanuel Macron, accusé d’avoir « laissé ouverte la porte de la capitulation de notre pays face à la Commission européenne ». Et ce, même s’il a voté contre, et que la plupart des pays de l’UE se prononcent en faveur du traité. Ce qui a conduit le Premier ministre à hausser le ton. « Déposer une motion de censure dans ce contexte, c’est choisir délibérément d’afficher des désaccords politiciens internes. C’est choisir d’affaiblir la voix de la France plutôt que de montrer l’unité nationale dans la défense de notre agriculture », a dénoncé Sébastien Lecornu, qui invite les partis mobilisés contre le traité à réunir une majorité d’élus au Parlement européen pour empêcher sa ratification.
« Ce n’est pas par coup politicien que nous parviendrons à faire rejeter cet accord », poursuit le chef du gouvernement, qui souligne que ces censures « retardent encore les discussions budgétaires », dans un contexte où la France fonctionne toujours dans le cadre contraignant et coûteux de la loi spéciale. Des discussions « déjà bloquées par les mêmes partis politiques sur fond d’agenda électoral », fustige encore Sébastien Lecornu, jugeant que la situation « envoie un très mauvais signal à l’étranger, alors que les tensions internationales exigent sérieux et cohésion et que la crise agricole rend urgente l’adoption d’un budget ».
Selon franceinfo, le Premier ministre a même bousculé son agenda pour se consacrer à la question agricole, alors que, dorénavant, la France n’a plus aucune prise sur le processus de ratification de l’accord. Sauf improbable retournement de situation, le Mercosur devrait entrer en vigueur prochainement. Et, selon le site spécialisé Contexte, possiblement avant même que le Parlement européen n’entérine l’accord. D’ici là, la colère française, et son instrumentalisation politique, a tout pour prospérer.
Barrage forcé, nouveaux blocages… Les agriculteurs reprennent leur « guerre d’usure » malgré les interdictions
En pleine grogne des agriculteurs, la publication de ce décret très attendu tombe à pic











