mercredi, mai 27

Par-delà les passions partisanes, les fidélités militantes et les commentaires de circonstance, la crise ouverte entre le président Bassirou Diomaye Faye et Ousmane Sonko marque peut-être un tournant plus profond dans la trajectoire politique du Sénégal.

COURRIER INTERNATIONAL

Ce qui se joue aujourd’hui n’est pas seulement une rupture entre deux hommes. C’est la confrontation entre deux formes de légitimité : la légitimité institutionnelle et la légitimité charismatique. Et cette tension, dans l’histoire politique contemporaine, produit souvent un phénomène bien connu de la théorie politique : l’hubris.

Sous cet angle, la trajectoire d’Ousmane Sonko mérite d’être interrogée avec lucidité et sans passion. Sonko a construit son ascension politique sur une énergie de rupture rarement observée dans l’histoire récente du Sénégal. Il a porté la colère d’une jeunesse marginalisée, défié un système politique perçu comme verrouillé et imposé un nouveau langage politique fondé sur la souveraineté, la dignité et la réhabilitation du peuple comme acteur central.

Cette force politique est réelle. Elle a profondément transformé le paysage national. Mais tout leadership charismatique porte en lui une contradiction : il mobilise grâce à une incarnation forte, tout en fragilisant parfois les mécanismes impersonnels sur lesquels repose la démocratie institutionnelle.

Légitimité populaire ou constitutionnelle ?

Lorsque des militants commencent à voir en un homme l’unique source de la “révolution”, lorsque le destin d’un projet collectif semble dépendre d’une seule figure, lorsque la frontière devient floue entre fidélité politique et fidélité personnelle, alors le risque d’hubris apparaît. Non comme pathologie individuelle, mais comme phénomène structurel. La crise actuelle semble précisément révéler cette contradiction.

Pendant des mois, le Sénégal a vécu dans une ambiguïté politique singulière : qui détenait réellement le centre du pouvoir ? Le président élu [Faye] ou le leader historique du projet Pastef [Sonko a fondé le parti des Patriotes africains du Sénégal pour le travail, l’éthique et la fraternité (Pastef), au pouvoir] ? La légitimité des urnes ou la légitimité militante ? L’autorité constitutionnelle ou l’autorité charismatique ?

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