lundi, juin 15

On voit la paille dans l’œil de son voisin, mais pas la poutre dans le sien. Ce lundi 15 juin, l’Arcom a franchi un pas décisif en mettant officiellement en demeure CNews pour non-respect du pluralisme sur son antenne. La décision fait suite à une saisine de l’organisation Reporters sans frontières (RSF) faite en janvier dernier.

Sous forme d’« enquête », RSF affirmait que sur le seul mois de mars 2025, la chaîne d’info sous le giron de l’empire Bolloré avait intentionnellement et de manière répétée piétiné le pluralisme pour offrir sur son antenne une vision restreinte de sujets d’actualité et avec un point de vue orienté.

Radio France mise en demeure par l’Arcom pour sous-représentation du RN sur ses antennes

L’Arcom a examiné de manière exhaustive l’antenne de la chaîne durant cette période et visionné 146 émissions soit 168 heures de programmes, comme elle le précise dans son communiqué, afin de pouvoir attester ou non, d’un déséquilibre. L’analyse montre d’après l’Arcom la prépondérance de cinq thèmes « la sécurité, la guerre entre l’Ukraine et la Russie, La France insoumise (LFI), les relations franco-algériennes et l’actualité politique », mais aussi « une large convergence des points de vue exprimés ». L’Arcom souligne aussi que les sujets annexes sont traités « de manière univoque » comme « la religion musulmane, à l’immigration, au fonctionnement de la justice et à la condamnation d’une responsable politique. »

Des déséquilibres structurels

Dans son communiqué, le gendarme de l’audiovisuel mentionne « une focalisation, à travers les questions de sécurité intérieure, sur la menace que représenteraient l’immigration et l’islam pour la société française, la mise en cause, notamment sur ces questions, de l’action de l’exécutif et de l’Union européenne et une forte défiance à l’égard de l’institution judiciaire, ainsi que la critique systématique du parti La France insoumise ». Le rôle des journalistes présents en plateau qui parlent souvent d’une même voix est souligné, tout comme la faible présence d’« intervenants proposant une analyse contraire », des invités qui bénéficient d’« un temps d’expression plus limité ou voient leurs arguments écartés sans débat contradictoire. »

Comme le rappelle Le Monde, cette décision de l’Arcom intervient plusieurs années après que l’ONG a pour la première fois tiré la sonnette d’alarme. RSF avait été à l’époque débouté, mais depuis, l’instance, devenue Arcom, a changé sa méthodologie, pour parvenir donc à cette première mise en demeure de CNews.

Les conclusions posées par l’Arcom mentionnent « des déséquilibres structurels dans l’expression des points de vue conduisent à la surexposition manifeste, sur l’ensemble de la programmation, d’un même courant de pensée et d’opinion. »

CNews sous surveillance

Dans sa décision rendue publique ce lundi 15 janvier, l’Autorité de régulation de la communication audiovisuelle et numérique somme CNews de « respecter, à l’avenir, l’exigence d’expression pluraliste des courants de pensée et d’opinion ». La chaîne a donc l’obligation de veiller non seulement à la diversité des opinions exprimées à l’antenne et de leur équilibre, mais aussi d’assurer une plus large variété de sujets abordés.

Pour s’en assurer et à l’aube de la période de campagne présidentielle qui approche, l’Arcom a annoncé avoir mis en place « une veille en matière de respect du pluralisme par les quatre chaînes nationales d’information en continu ». Si CNews ne se plie pas à ces consignes édictées par l’Arcom, elle risque des sanctions, notamment d’ordre financier.

Pas certain que les journalistes de la chaîne abordent cette mise en demeure à l’antenne de la même manière qu’ils avaient traité celle de Radio France annoncée par l’Arcom la semaine dernière. L’Arcom avait en effet pointé du doigt la sous-représentation des membres du Rassemblement national en journée sur France Inter et franceinfo.

Pascal Praud avait consacré son édito du matin à cette mise en demeure en précisant « et pour non-respect du pluralisme politique ! Ce n’est pas rien. » Il avait conclu en expliquant que cette mise en demeure « met en évidence ce que chacun sait en écoutant, France Inter et franceinfo mènent un combat idéologique et considèrent le rassemblement national comme un adversaire politique. » Si cette mise en demeure n’avait « pas fait la une de Libération » comme le rappelait Pascal Praud, on peut se demander s’il consacrera son prochain édito à celle de CNews.

Peut-être rappellera-t-il que la direction de sa chaîne a annoncé saisir le Conseil d’État parce qu’elle affirme « respecter scrupuleusement ses obligations » et elle déconce « une interprétation excessivement restrictive de la liberté éditoriale ».

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