- Le député François Ruffin a confirmé qu’il serait candidat à l’élection présidentielle de 2027 même si la primaire pour désigner le candidat de la gauche non mélenchoniste n’avait pas lieu.
- L’ancien journaliste, élu député en 2017 et défenseur des luttes sociales, pense depuis plusieurs années à l’élection suprême.
- Voici cinq choses à savoir sur l’élu de la Somme, ancien protégé de Jean-Luc Mélenchon qui pourrait finalement concourir contre lui.
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Élection présidentielle 2027 : la course aux candidatures est déjà lancée
Peu importe que la primaire de la gauche hors LFI ait du plomb dans l’aile. « Je souhaite que la primaire ait lieu parce que je pense qu’il n’y a pas une autre façon de faire. Maintenant, s’il n’y a pas de primaire, moi j’y vais »
, a confirmé ce mardi 12 mai le député de la Somme François Ruffin, qui s’était déclaré candidat à la présidentielle de 2027 via cette primaire sur TF1 le 26 janvier dernier.
L’élu se prépare depuis plusieurs années à cette échéance, donnant ces derniers mois à son mouvement une dimension nationale (« Picardie debout ! » est devenu « Debout ! »). Pour mieux connaître ce député qui estime être « un agent d’influence de la gauche française »
depuis vingt-cinq ans et avoir eu « vingt ans pour forger une pensée »
, voici cinq choses à savoir sur son parcours et sa carrière.
Avant d’être député, il était journaliste
Détenteur d’une maîtrise de lettres modernes à l’université de Picardie, François Ruffin, 50 ans, est également diplômé du Centre de formation des journalistes (CFJ), l’une des plus prestigieuses écoles de journalisme du pays, d’où sont sortis des noms comme David Pujadas, Anne-Sophie Lapix, Pierre Lescure ou Gilles Bouleau. Il en tire un ouvrage baptisé Les Petits Soldats du journalisme
, sorti en 2003, critique de la formation des étudiants, chargée selon la description du livre de fournir « chaque année, la chair à papier qui renforcera les garnisons de France 2, du Parisien, de l’AFP, du Monde »
.
En 1999, François Ruffin choisit de fonder Fakir
, un « contre Journal des Amiénois »
, alors que le Journal des Amiénois
ne rend pas compte de la délocalisation d’une usine Yoplait, qui entraîne la mise au chômage de ses 89 salariés. Le magazine, qui a pour slogan « Journal fâché avec tout le monde. Ou presque »
, connaît une diffusion nationale depuis 2009.
Le député a également écrit pour Le Monde diplomatique
et a participé à l’émission « Là-bas si j’y suis » sur France Inter. Il a écrit de nombreux ouvrages, à chaque fois sur des sujets liés aux inégalités, aux luttes sociales ou à des critiques du capitalisme.
Il a reçu un César
C’est d’ailleurs grâce à son documentaire Merci patron
que François Ruffin reçoit en 2017 le César du meilleur film documentaire. Ce film satirique raconte le combat d’un couple d’anciens ouvriers du groupe LVMH dans le nord de la France parvenus, avec l’aide du réalisateur, à soutirer de l’argent à Bernard Arnault, l’une des plus grosses fortunes de France. Prenant le parti des petits contre les gros, le documentaire a connu un succès inattendu en salles, franchissant la barre des 500.000 entrées.
Depuis, François Ruffin a réalisé d’autres documentaires, J’veux du soleil
en 2019, à la rencontre des Gilets jaunes, Debout les femmes !
en 2021, sur le travail de femmes précaires, et Au boulot !
en 2024, qui suit l’avocate parisienne Sarah Saldmann dans la réalisation de petits jobs payés au smic. Tous sont co-réalisés avec Gilles Perret.
Son parcours est étroitement lié à celui d’Emmanuel Macron
François Ruffin est né en octobre 1975 à Amiens, ville où le président de la République a également vu le jour. Le député ex-insoumis a été scolarisé dans le même lycée catholique privé qu’Emmanuel Macron, né en 1977. Les deux hommes se sont donc croisés dans les couloirs et la cour de récréation de l’établissement. Laurence Ruffin, « sœur de » et élue maire de Grenoble en mars 2026, était même amie avec le chef de l’État à cette époque-là.
En avril 2017, alors que François Ruffin est en campagne pour l’Assemblée nationale et l’ex-ministre de l’Économie Emmanuel Macron en campagne pour l’Élysée, ils se confrontent lors d’une visite sur le site de Whirlpool à Amiens, leur fief, alors que le géant de l’électroménager compte fermer en juin 2018 pour délocaliser la production de sèche-linge en Pologne. Le premier avait reproché au second son « absence de solidarité avec les salariés »
, quand quelques semaines plus tôt sur un plateau de télévision il lui avait déjà reproché son « silence »
.
En mai 2018, alors qu’il a réussi à se faire élire député de la Somme après avoir créé son micro-parti, François Ruffin organise la « Fête à Macron », une « manifestation pot-au-feu »
, à laquelle chacun était invité à participer avec « ses propres revendications, ses colères mais aussi ses espoirs »
pour « faire sa fête à Macron et au monde qu’il représente »,
celui « de la finance »
et du « patronat »
, expliquait-il.
Le roi des symboles et des coups d’éclat
François Ruffin, qui s’est fait élire avec le slogan « Ils ont l’argent, on a les gens »
, s’est fait connaître à l’échelon politique national en défendant les femmes de ménage de l’Assemblée nationale. Une bonne synthèse de sa marque de fabrique, combinant formules et mesures chocs. Lui qui oppose « les fous et les mous »
à gauche, et dit vouloir réunir « la France des tours et La France des bourgs »
, a aussi promis à son arrivée au palais Bourbon de se payer au Smic. Il confirme qu’il fera de même s’il est élu président de la République.
En décembre 2017 il avait été condamné pour avoir porté un maillot de football dans l’enceinte de l’hémicycle, de l’équipe de l’Olympique Eaucourt, petit club amateur d’Eaucourt-sur-Somme, en soutien à un texte visant à taxer les gros transferts sportifs. En janvier 2018, il avait interpellé la ministre de la Santé Agnès Buzyn en sortant son carnet de chèques à l’Assemblée, alors que partout en France des professionnels participaient à des rassemblements pour réclamer davantage de moyens pour s’occuper « dignement »
des personnes âgées.
Des ambitions présidentielles de longue date
En 2020, François Ruffin expliquait qu’il « laissait la porte ouverte »
à une candidature à l’élection présidentielle de 2022. « Si jamais c’est moi qui dois ramasser le drapeau, j’irai le ramasser »
, déclarait-il, ce à quoi Jean-Luc Mélenchon répondait : « Pour l’instant, le drapeau est fermement tenu »
. Mais cette métaphore ne sortait pas de nulle part, en 2019 le député de la Somme assurait que le patron de La France insoumise l’encourageait « à ne pas fermer la porte de la présidentielle »
. « Je ne me vois pas, aujourd’hui, en homme d’État. Je ne dis pas que cela n’arrivera pas, mais je mesure le fossé »
, ajoutait-il auprès du Figaro
.
Quelques années plus tard, en mars 2023, Jean-Luc Mélenchon, candidat à une nouvelle élection présidentielle, adoubait l’élu local en bonne position dans un sondage. « François est prêt. En avant ! »,
ajoutait celui qui, en 2022, avait laissé planer un doute sur sa volonté d’être de nouveau candidat à l’Élysée en 2027. « Je dis merci, c’est sympa tout ça, c’est gentil, mais c’est pas le moment »
, répondait François Ruffin. « Je n’y pense pas le matin en me rasant ni en courant
« , avait-il assuré un mois avant dans un entretien à Konbini
, « mais je sais qu’il y a un devoir aujourd’hui de représenter les plus invisibles de la nation »
.
Depuis, François Ruffin a divorcé avec LFI (en 2024, au moment de la dissolution de l’Assemblée nationale), et est semble-t-il prêt à assumer une candidature personnelle. Il pourrait donc se retrouver candidat en même temps que Jean-Luc Mélenchon en 2027.




