Distingué dans les festivals internationaux (Cannes, Berlin…), cet orfèvre de la mémoire politique est notamment connu pour avoir réalisé entre 1972 et 1973 La Bataille du Chili, une trilogie de cinq heures sur le gouvernement de l’ancien président socialiste chilien Salvador Allende jusqu’à son assassinat le 11 septembre 1973. L’œuvre a posé les fondations de son cinéma et reste considérée comme l’un des plus grands documentaires politiques de l’histoire.
Après le coup d’État de Pinochet, lui-même avait été arrêté et soumis à des simulacres d’exécution et consacrera une grande partie de son œuvre de cinéaste à ausculter l’histoire récente de son pays.
« La mémoire a sa propre force de gravité. Les États qui enfouissent leurs crimes passés sont à la traîne », affirmait-il à l’AFP en 2010, année où le festival de Cannes avait sélectionné son film « Nostalgie de la lumière » où il évoquait les séquelles de la dictature par le biais de l’astronomie.
Rendre compte de « l’état d’âme » d’un pays
Né le 11 août 1941 à Santiago, il avait quitté le Chili en 1973 et s’était exilé à Cuba, en Espagne puis en France sans jamais perdre de vue l’histoire mouvementée de son pays. En exil, il continua de réaliser des documentaires comme Au nom de Dieu (1987), sur le rôle de l’Église catholique chilienne face à la dictature, ou Salvador Allende (2004).
« Le documentaire est un filet que tu lances et dont tu retires ce qui t’intéresse. Grâce à cet exercice, on peut rendre compte de l’état d’âme d’un pays », affirmait le cinéaste il y a quelques années.
Avec La Cordillère des rêves (2019), qui remporta l’Œil d’or à Cannes du meilleur documentaire, il fit des Andes le témoin immuable des années de répression politique sur le continent sud-américain.
Son infatigable travail contre l’amnésie se conclut avec Mon pays imaginaire (2022) sur la révolte sociale qui a secoué le Chili en 2019. « Un pays qui n’a pas de cinéma documentaire, c’est comme une famille sans album de famille », avait-il coutume de dire.



