Dans le brouhaha de l’avenue Yasukuni, un bâtiment bâché et cerné de grues achève sa mue. C’est celui de Sanseido, une librairie incontournable de Tokyo, ouverte il y a un siècle et demi dans le centre de la capitale japonaise. Avec ses 1 000 mètres carrés de rayons, Sanseido a longtemps été la plus vaste des librairies d’occasion agglutinées dans ce quartier du livre, Jimbocho. « Il y avait huit étages… Mais, dans ce nouveau bâtiment, seulement trois. Tout le reste sera loué en bureaux. C’est un symbole du rétrécissement du quartier », constate Susan Paige Taylor face au chantier. Cette anthropologue américaine fréquente Jimbocho depuis 2010. Elle y a trouvé son époux – il est libraire – et son sujet de doctorat : la préservation des métiers dans le « quartier latin de Tokyo », comme elle l’appelle.
Constitué autour de deux grands carrefours, Jimbocho a longtemps été un quartier à part, celui des imprimeurs et éditeurs, et surtout des bouquinistes, massés sur les trottoirs, et nichés dans les étages de vieux immeubles. Pourtant, en déambulant dans les rues de la plus grande librairie de la planète, la chercheuse raconte comment elle l’a vue changer : « Jimbocho se ratatine, car de nouveaux bâtiments l’enserrent et en réduisent la superficie. Et tous ces parkings autour de nous… Hier, c’étaient des bouquinistes ! »
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