mercredi, avril 29

  • Meta a annoncé le licenciement de 8.000 employés la semaine dernière, motivé par les investissements colossaux dans l’intelligence artificielle.
  • La maison mère de Facebook et Instagram emboîte le pas à Microsoft, qui a ouvert le premier plan de départ volontaire de son histoire, et aux 16.000 suppressions de postes annoncées par Amazon en début d’année.
  • « C’est moins de la destruction d’emplois qu’une reconfiguration du profil des compétences », explique Nicolas van Zeebroeck, professeur d’économie et de stratégie digitale à l’université libre de Bruxelles à TF1info.

Après plusieurs années d’euphorie, le secteur de la tech vit une crise sans précédent. Plusieurs GAFAM (Google, Apple, Facebook, Amazon et Microsoft) ont annoncé des licenciements massifs d’employés, justifiés par le boom de l’intelligence artificielle. Une destruction massive de l’emploi qui ne serait pas inévitable selon Nicolas van Zeebroeck, professeur d’économie et de stratégie digitale à l’université libre de Bruxelles

Qu’est-ce qui motive Meta à licencier 8.000 personnes alors que les résultats sont excellents avec un bénéfice net à 23 milliards de dollars (+9% sur un an) au dernier trimestre 2025 ?

Il y a plusieurs raisons, mais la principale, c’est l’exigence de croissance de la rentabilité chez les entreprises, habituées à faire croître leurs bénéfices. Les entreprises en pleine relance, ou celles qui comptaient jusqu’ici plus sur leurs salariés que sur leurs équipements, ont dû lourdement investir dans leurs infrastructures. Pour rentabiliser ces dépenses colossales, elles misent désormais sur une efficacité opérationnelle maximale. En clair, pour protéger leurs marges, ces sociétés n’hésitent plus à réduire leurs effectifs dès que l’occasion se présente.

Ces géants de la tech ont-ils trop embauché pendant le Covid et corrigent-ils le tir aujourd’hui ?

Oui, les grandes entreprises technologiques ont surfé sur la vague du Covid pendant quelques années, ont engagé à tour de bras, mais aujourd’hui, la croissance n’est plus tout à fait la même. Elles se rendent compte qu’elles n’ont plus besoin d’avoir autant de monde, donc elles reviennent en arrière. C’est un phénomène de normalisation, de décompression, en quelque sorte.

Les profils juniors sont moins sollicités dans les secteurs les plus exposés à l’IA

Nicolas van Zeebroeck à TF1info

Quel est le rôle de l’intelligence artificielle dans ce contexte ?

En réalité, c’est moins de la destruction d’emplois qu’une reconfiguration du profil des compétences. Cette recomposition est amenée par l’IA, qui entraîne un investissement dans les talents plus rares, dans les infrastructures du cloud, la cybersécurité ou encore la gestion de la data. Cependant, les profils juniors sont moins sollicités, en particulier dans les secteurs les plus exposés à l’IA comme le développement logiciel, les call centers (centres d’appel) ou certaines tâches un peu routinières.

Peut-on s’attendre à vivre la même chose dans nos entreprises françaises spécialisées dans la tech ?

Ce n’est pas impossible. Certes, le secteur technologique européen a moins profité de la croissance fulgurante observée pendant la pandémie, et il ne subit donc pas le même contrecoup qu’aux États-Unis. Pour autant, il pourrait bien suivre la même tendance. Plusieurs facteurs convergent : d’un côté, un ralentissement de la croissance du secteur et, de l’autre, l’impact de l’IA qui remplace désormais certaines tâches.

Mais le véritable moteur de ces changements reste la pression des marchés financiers. Habitués à des marges élevées et à une croissance rapide, les investisseurs exigent aujourd’hui que ces entreprises maintiennent leurs performances malgré le ralentissement actuel. Pour répondre à ces attentes, les sociétés technologiques sont donc poussées à réduire leurs coûts, ce qui se traduit inévitablement par des restructurations. 

Faudrait-il réglementer davantage l’utilisation de l’IA pour protéger les salariés qui pourraient en être victimes ?

Je n’en suis pas persuadé. On ne rend pas service à l’Europe en bloquant l’IA ou en neutralisant ses effets, si tant est qu’ils soient démontrés. Mais à supposer que l’IA soit un tel agent dopant pour la productivité et que l’on arrive à substituer le travail et le remplacer par de la technologie, il ne faut pas le bloquer mais plutôt l’accompagner. S’y opposer reviendrait à affaiblir la compétitivité européenne et à accélérer notre désindustrialisation. D’une part, il faut plutôt anticiper les besoins en formation et en requalification. D’autre part, les pouvoirs publics devraient stimuler la demande pour des services européens. C’est là que réside le véritable levier pour favoriser nos entreprises locales face aux géants américains.

Mehdi TELLI

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