ÉTATS-UNIS – À l’heure où les États-Unis s’enlisent dans la paralysie budgétaire (« shutdown ») faute d’accord au Congrès, Donald Trump a appelé jeudi 30 octobre à supprimer une règle du Sénat requérant une majorité de 60 voix pour adopter un texte. On la surnomme le « filibuster ». Mais cette proposition a suscité un lever de bouclier de la part de son propre camp.
Pendant longtemps, le Sénat américain n’imposait pas de limite à la durée des débats sur ses projets de loi. Cette possibilité d’obstruction permettait aux parlementaires d’empêcher qu’un texte soit soumis au vote. On parlait alors de « filibuster », mot dérivé du français « flibustier », puisqu’ils « pirataient » la clôture des débats.
États-Unis : un mois après, le « shutdown » va cette fois pénaliser directement les Américains
Depuis 1917, les sénateurs peuvent décider d’arrêter ces débats, à condition de rassembler assez de voix. Une supermajorité de 60 sénateurs sur 100 est ainsi nécessaire pour mettre fin aux discussions et soumettre un projet de loi au vote. Si cette méthode d’obstruction était très peu utilisée jusqu’aux années 1970, elle est désormais quasi devenue la norme pour voter un texte. Concrètement, il faut donc un vote pour mettre fin aux débats avant de voter un texte. L’adoption se fait en suite à la majorité simple.
Or, dans un Sénat où les républicains n’ont que 53 sièges actuellement, cette supermajorité est quasi inatteignable sur les sujets les plus sensibles. Ce mécanisme oblige donc démocrates et républicains à trouver des compromis. Dans le contexte de shutdown, le parti de Donald Trump doit donc obtenir le soutien de plusieurs sénateurs démocrates pour passer au vote du texte budgétaire. Cette absence de compromis provoque le blocage budgétaire depuis un mois.
Un record de 25 heures
Chacun des deux partis se sert du « filibuster », une manœuvre immortalisée par Frank Capra dans son film Mr Smith Goes to Washington (1939). En 2013, le sénateur républicain Ted Cruz avait, par exemple, parlé plus de 21 heures pour contester la réforme du système de santé du président démocrate Barack Obama.
En avril 2025, l’élu démocrate Cory Booker a lui battu le record de durée de l’exercice au Sénat : 25 heures – et debout tout le long (voir la vidéo ci-dessous) -, pour protester contre les politiques de Donald Trump. Le précédent discours le plus long avait été établi il y a des décennies par le sénateur ségrégationniste Strom Thurmond, de Caroline du Sud, qui s’opposait à une loi historique sur les droits civiques de 1957. En réalité aujourd’hui, le blocage ne passe pas forcément par un long discours héroïque d’un élu.
Pour contrer la règle du « filibuster », il existe l’« option nucléaire ». Celle-ci permet aux sénateurs de voter exceptionnellement à la majorité simple pour un projet de loi. Cette option est ainsi surnommée car elle rompt brutalement avec la tradition, faisant planer le risque d’une escalade ou de retour de bâton lors du prochain changement de majorité.
En 2017, les républicains ont utilisé cette « option nucléaire » pour abaisser le seuil à 51 voix lors des nominations à vie à la Cour suprême, provoquant un tollé chez les démocrates. Depuis cette date, il suffit donc de la majorité simple pour approuver la nomination à la plus haute juridiction judiciaire.
Dans son message publié sur Truth social jeudi, il n’était pas évident de déceler l’intention finale de Donald Trump, qui appelait à « mettre en œuvre ce qu’on appelle l’Option Nucléaire – se débarrasser du Filibuster, et s’en débarrasser MAINTENANT ! ». Donc de jouer la carte de l’« option nucléaire » tout en supprimant définitivement le « filibuster », ce qui ne semble pas aller de pair (soit l’un, soit l’autre).
Les républicains contre la proposition de Trump
Au cours de son premier mandat, Donald Trump avait déjà tenté de mettre fin au « filibuster », sans succès. Cela pourrait encore être le cas cette année. Plusieurs élus républicains majeurs s’opposent en effet à l’idée du président. Le chef de la majorité sénatoriale, John Thune, a ainsi qualifié ce mois-ci le « filibuster » de « rempart contre de graves conséquences pour le pays », rapporte CNN.
John Barrasso, sénateur républicain du Wyoming et également chef de la majorité républicaine au Sénat, a lui soutenu que la suppression de l’obstruction parlementaire permettrait aux démocrates de faire de Porto Rico et du district de Columbia des États, avec deux sénateurs chacun, et de modifier ainsi la composition de la Cour suprême.
Le président de la Chambre des représentants, Mike Johnson, a de son côté affirmé que supprimer le « filibuster » signifierait qu’« aucun obstacle ne s’opposerait à la transformation du pays en un État communiste ». « C’est traditionnellement vu comme une protection, (…) je ne pense pas que nous aurions été très contents si les démocrates avaient fait cette proposition », a-t-il aussi souligné vendredi 31 octobre. Donald Trump fait (presque) l’unanimité contre lui.
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