- Les piqûres pour maigrir connaissent une popularité croissante pour la prise en charge de certains cas d’obésité.
- Mais derrière le succès de ces traitements, désormais remboursés sous conditions par la Sécurité sociale, les dérives explosent.
- Plusieurs patients ont accepté de témoigner face à la caméra de « Sept à Huit Life ».
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Sept à Huit Life
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Il y a encore quelques mois, Embra souffrait d’obésité. Un vieux souvenir pour cette Sicilienne vivant en France, qui a perdu plus de 50 kg en un an et demi. Pour elle, ce n’est pas seulement une transformation physique, mais une nouvelle vie qui commence. Férue d’aviron, elle fait désormais des kilomètres à la seule force de ses bras. « C’est super. Avant, jamais je n’aurais pu monter sur un de ces bateaux. On ne peut pas monter si on fait plus de 75 kg, donc moi avec 106 kg, c’était impossible »,
raconte-t-elle dans la vidéo en tête de cet article, un reportage diffusé ce dimanche dans « Sept à Huit Life » (à voir également en streaming sur TF1+). Embra pèse aujourd’hui 53 kg, elle en faisait le double.
Cette chercheuse au CNRS a livré un combat acharné contre son obésité morbide. Un poids qui l’empêchait de vivre pleinement, à cause de fortes douleurs, ce qui l’obligeait à renoncer à de nombreuses activités. Sans parler du regard des autres qu’elle devait affronter au quotidien. Désormais, après 33 ans de vie commune avec Pierre-Olivier, le couple s’offre une nouvelle jeunesse. « Je la retrouve telle qu’elle était quand elle avait 25 ans. Elle a toujours été comme ça, toujours très active. Finalement, il n’y a que moi qui aie vieilli »
, lâche-t-il.
Moi, ça m’a changé les goûts, je ne suis plus attirée par tout ce qui est pizza, pâtes, riz blanc.
Moi, ça m’a changé les goûts, je ne suis plus attirée par tout ce qui est pizza, pâtes, riz blanc.
Embra, qui a perdu plus de 50 kg
Aujourd’hui, Embra avoue avoir « gagné dix ans »
d’espérance de vie, « et ça, c’est très précieux »
, souligne-t-elle. Une victoire rendue possible grâce à une nouvelle génération de médicaments anti-obésité qui agit sur le cerveau pour réduire la faim. À 54 ans, cette chercheuse ne se déplace plus sans son stylo injecteur. Ce traitement peut être prescrit par n’importe quel médecin généraliste à condition d’être en obésité modérée avec un IMC, un indice de masse corporelle, supérieur à 30. « Tous les samedis, j’ai ma dose de Mounjaro. Ce n’est pas une grosse dose, mais c’est ce qui a changé ma vie »
, explique-t-elle, tout en reconnaissant avoir parfois peur de tout reprendre. « Je fais même des cauchemars. Des fois, je me réveille la nuit et dans le miroir, et j’avais tout repris. Je sais que 85% des personnes qui arrêtent reprennent du poids, donc c’est aussi une raison pour laquelle je ne compte pas arrêter »,
précise-t-elle.
Embra a perdu en moyenne 3 kilos par mois. « Quand j’ai commencé, jamais je n’aurais imaginé arriver à ça. C’est miraculeux. Je suis fière de ne pas avoir lâché »
, assure-t-elle. Les injections n’ont pas seulement diminué son appétit, elles ont aussi bouleversé tout son rapport à la nourriture. « Moi, ça m’a changé les goûts, je ne suis plus attirée par tout ce qui est pizza, pâtes, riz blanc. Je suis attirée par d’autres aliments. Et les haricots verts, ça a toujours été le truc que j’ai détesté, et maintenant j’en mange trois fois par semaine parce que j’adore ça. C’est bizarre »,
témoigne-t-elle. La piqûre a servi d’accélérateur à la perte de kilos, mais pour maintenir son poids, la mère de famille continue de s’astreindre à une discipline sans faille. Elle pèse chaque aliment et compte toutes ses calories.
La perte de poids d’Embra est exceptionnelle, mais ce traitement est-il toujours aussi miraculeux ? Ces nouveaux médicaments, Wegovy, Mounjaro, sont reconnus par le corps médical comme une révolution dans la prise en charge de l’obésité. Au bout de deux ans de traitement, 90% des patients perdent du poids de manière significative. Un enjeu majeur alors qu’en France, un adulte sur six souffre d’obésité. Sur les réseaux sociaux, le nombre de photos avant et après injection explose. Une surenchère à celui qui perdra le plus et le plus rapidement.
Mais cette course aux kilos perdus n’est pas sans risque. Ces médicaments présentent de nombreux effets secondaires, parfois graves : troubles digestifs, occlusion intestinale, problèmes rénaux ou encore pancréatite, et peuvent provoquer aussi des troubles du comportement alimentaire. Ce qui pousse 15% des patients à arrêter le traitement.
J’ai dû arriver à deux repas par semaine.
J’ai dû arriver à deux repas par semaine.
Delphine prend de l’Ozempic sans suivi médical
Un médicament tellement miraculeux qu’il fait aussi aujourd’hui l’objet d’un trafic de la part de médecins ou de pharmaciens peu scrupuleux, avec des conséquences parfois graves pour la santé. Car sans suivi médical, ces injections peuvent aussi devenir un piège. Comme le raconte une mère de famille, que nous appellerons Delphine. Depuis deux mois, elle s’injecte de l’Ozempic, une molécule destinée aux diabétiques, mais fréquemment détournée pour son effet coupe-faim. Résultat, elle a perdu « 23 kilos en deux mois, sans faire de sport »
. « J’ai vu la dégringolade où je perdais à peu près 6 à 7 kilos par semaine »,
lâche-t-elle.
Cette ancienne danseuse professionnelle a été mince toute sa vie, mais après la naissance de ses enfants, elle atteint 84 kilos et reste à ce poids pendant quatre ans. Avec un IMC de 31, Delphine aurait pu se faire prescrire des injections contre l’obésité, mais sans avoir droit au remboursement. Son médecin, peu regardant, accepte alors de lui prescrire les injections pour diabétiques, quatre fois moins cher. « Moi, ça me dérange pas. Je paie l’Ozempic. C’est important pour moi. Je me sens bien, très bien. Beaucoup mieux qu’avant. Ça a changé complètement ma vie, à tout niveau. Et je voudrais pas repartir en arrière. Et je ne repartirai pas en arrière »,
clame-t-elle. Sa perte de poids est brutale.
Delphine pèse aujourd’hui 60 kilos, mais à quel prix ? L’un des principaux risques de ces coupes-faim, pris sans encadrement médical, est en effet de développer des troubles graves du comportement alimentaire. Rémy, son mari, l’a vu arrêter de manger du jour au lendemain. « La nourriture ne passait pas. Même un fruit était difficile. J’ai dû arriver à deux repas par semaine. Pendant trois semaines, vraiment, Ozempic a énormément agi. J’ai écouté Ozempic à cette époque parce que c’était le début et je voulais du résultat. Et effectivement, après, là, j’ai fondu »
, reconnait-elle. Mais aujourd’hui, son mari a peur qu’elle devienne anorexique. Delphine espère arrêter de le prendre, sans en être tout à fait sûre « parce que c’est quand même addictif »
. « On n’a pas envie de reprendre. On a peur »
, estime-t-elle.
Des risques de dénutrition
Le docteur Youssef Kouidrat, endocrinologue à l’hôpital maritime de Berck, alerte sur les dangers de telles pratiques. « Les risques liés à une prise alimentaire très faible sont les risques de dénutrition qui peuvent avoir des conséquences très graves. On peut observer des carences sévères et profondes de certaines vitamines B qui vont avoir des conséquences parfois dramatiques, à savoir des neuropathies, des carences aussi qui peuvent atteindre notre cerveau, des anémies, des carences multiples. Il faudra absolument suspendre, voire arrêter ce médicament, pour ne pas mettre en danger la vie du patient »,
prévient-il. Depuis le tournage de « Sept à Huit Life », Delphine est tombée à 55 kilos. Pour conserver sa silhouette idéale, elle continue ses injections sans aucune supervision médicale.
Selon l’Agence nationale de Sécurité du Médicament (ANSM), déjà 36 cas d’hospitalisation suite à un mésusage ont été signalés, dont 25 cas graves. Malgré tous ces dangers, on découvre au cours de ce reportage qu’obtenir ces injections est étonnamment facile, même sans être obèse. Sur Internet, plusieurs plateformes de téléconsultation proposent désormais des pages dédiées à la perte de poids. La journaliste de « Sept à Huit Life » a fait le test sur l’une d’entre elles. Elle doit juste remplir un questionnaire en ligne, avec une vingtaine de questions : antécédents médicaux, taille, poids. Des éléments qu’elle peut biaiser à sa guise. Ensuite, en quelques clics, comme pour du shopping en ligne, elle n’a plus qu’à choisir son médicament et même sa dose. La consultation a coûté 43,90 euros avec un médecin qu’elle ne verra jamais. 15 minutes plus tard, sans la moindre vérification médicale, l’ordonnance arrive dans sa boîte mail. Elle est signée d’un gériatre installé dans le sud de la France.
En cas de complication chez l’un de ses patients, ce médecin peut être poursuivi pour mise en danger de la vie d’autrui. Il risque jusqu’à un an de prison et 15.000 euros d’amende. Quant à la plateforme basée à l’étranger, elle échappe pour l’instant à toute poursuite et continue à fonctionner légalement. L’ordre des médecins dénonce ces ordonnances dangereuses signées à l’aveugle. Mais pour l’instant, il n’y a aucune sanction. Côté pharmacies, beaucoup ne posent aucune question concernant ces prescriptions douteuses. Certaines assument même ouvertement vendre les injections à des clients qui n’ont jamais souffert d’obésité.

