Des stars pour tenter de relancer des candidats la tête sous l’eau. Après le passage de Bruno Retailleau à Nîmes il y a quelques semaines, c’est au tour de Jordan Bardella de se rendre, ce mardi 3 mars, dans la plus grande ville du Gard.
Le président du Rassemblement national s’y rend spécifiquement pour soutenir le député européen Julien Sanchez, également directeur de campagne national pour ces municipales dans lesquelles la formation de Marine Le Pen place de grands espoirs.
Sur le papier, la victoire semble pour l’instant peu probable. Le candidat du Rassemblement national, longtemps maire de Beaucaire à 30 kilomètres de là, ne fait pas vraiment la course en tête. Selon un sondage Ifop pour Midi Libre du mois de février, Julien Sanchez fait certes un score très honorable au premier tour – 21% des intentions de vote – mais il n’est crédité que de 25% au second tour.
« Une carte à jouer »
C’est le candidat communiste Vincent Bouget qui est donné largement gagnant. Il est parvenu à faire l’union autour de lui à gauche, à l’exception des insoumis. Mais si une victoire du RN à Nîmes ne semble donc pas l’option la plus probable, elle n’a rien non plus d’impossible.
« Jordan Bardella ne viendrait pas s’il ne se disait pas qu’il y a une carte à jouer, c’est certain. Et une victoire à Nîmes, ce serait quand même une sacrée claque pour la droite. Ça ne nous déplairait pas », reconnaît un élu RN, bon connaisseur de la politique gardoise.
Si les troupes de Marine Le Pen y croient encore, c’est que la situation locale leur semble plutôt favorable. Le Gard est devenu en 2024 une terre qui ne compte désormais plus que des députés du RN et de son allié Éric Ciotti. Au début du premier quinquennat d’Emmanuel Macron, seules deux circonscriptions étaient détenues par le parti d’extrême droite, illustrant sa très nette progression.
Mais il y a un bémol: la ville de Nîmes, elle, a largement voté pour le Nouveau Front populaire qui faisait l’union à gauche en 2024. Ce sont les communes environnantes qui ont fait basculer les différentes circonscriptions vers l’extrême droite.
Mais au RN, on est prêt à se battre. Une victoire aurait également le mérite pour Jordan Bardella de bouter la droite hors de la seule dernière ville de plus de 100.000 habitants qu’elle conserve encore.
« Sa venue sur place montre bien qu’il veut nationaliser la campagne à Nîmes et que son seul but est de remplacer les LR locaux », tranche le candidat communiste Vincent Bouget.
La droite dispersée façon puzzle, « c’est vraiment trop bête »
Difficile de lui donner tort tant le parti de Bruno Retailleau est à la peine. Après presque 25 ans de mandat, le maire sortant LR Jean-Paul Fournier a choisi de ne pas se représenter. Un vrai coup dur pour son camp. Pour l’instant, à l’exception de Paris et de la candidature de Rachida Dati, aucune autre grande commune de France ne peut tomber dans l’escarcelle de la droite ou rester entre ses mains.
« Ce qui se passe ici est très important. On ne sent pas vraiment de dynamique de notre côté. On doit vraiment se réveiller maintenant, se dire qu’on peut encore l’emporter », exhorte le sénateur LR du Gard Laurent Burgoa.
Le pari est loin d’être gagné. D’un côté, on trouve Franck Proust, le président de Nîmes métropole, soutenu par son parti et l’édile sortant. De l’autre, se trouve l’ex-premier adjoint au maire Julien Plantier, désormais très fâché avec le maire sortant. Cet avocat de métier a profité de l’occasion pour faire alliance avec la macroniste Valérie Rouverand.
Résultat: les voix de droite se dispersent. Le candidat officiel des LR Franck Proust récolte 23% des intentions de vote dans le sondage Ifop pour Midi Libre. Le dissident Julien Plantier, lui, est à 15%.
Les voix de droite additionnées dépassent largement les 21% d’intentions de vote de Julien Sanchez. Mais pris séparément, les sympathisants de la droite sont largement en dessous des électeurs potentiels du RN. Sans compter une prise de guerre très symbolique.
Une ancienne adjointe du maire LR sortant, Monique Boissière, a ainsi rejoint la liste de Julien Sanchez trois jours après le déplacement de Bruno Retailleau. Ce ralliement a un goût amer pour lui: Monique Boissière était sa représentante dans le Gard lors de la primaire de la droite.
« C’est vraiment trop bête. On est tout à fait en mesure de garder la ville et à cause de bisbilles locales, on va la perdre », s’agace un député LR.
La défaite pourrait donc se faire au profit de la gauche. Déjà largement en tête au premier tour avec 30% des intentions de vote dans le sondage Ifop pour Midi Libre, le candidat communiste est donné largement gagnant au second tour avec 37% des voix.
Une éventuelle union des droites?
Du côté du RN, on réfléchit ouvertement à contrer le potentiel futur maire de gauche Vincent Bouget en appelant à une union des droites au second tour. Bruno Retailleau lui-même n’a pas officiellement fermé la porte à cette option lors de son déplacement début février.
Sera-t-il prêt à s’allier officiellement avec le RN? Si la droite se refuse à tout accord national avec Jordan Bardella, des rapprochements locaux dans le cadre des municipales ont bien déjà eu lieu comme à Bourg-en-Bresse, à Tarbes ou encore à Béziers.
« Ce serait une erreur historique » si Nîmes basculait à gauche, a ainsi insisté Bruno Retailleau lors de sa venue en février.
La ville a pourtant été communiste et socialiste pendant des décennies avant que la droite ne mette fin à cette hégémonie en 2001. Sans compter qu’à l’exception de la mairie, la ville marque depuis des années son attachement à la gauche. En 2017 comme en 2022, Jean-Luc Mélenchon arrive ainsi largement en tête du premier tour de la présidentielle. De quoi peut-être expliquer que le candidat RN soit, pour l’instant du moins, assez loin de l’emporter.
« Nîmes n’a jamais été une terre proche de l’extrême droite et il y a beaucoup de quartiers très populaires dans lesquels un vote pour le RN est impossible », reconnaît d’ailleurs un élu LR de la majorité sortante.
Dans son parti, certains ne cachent pas leur frustration et jugent que le candidat de leur camp aurait peut-être pu faire une meilleure campagne. L’eurodéputé est entré assez tardivement en campagne et n’a pas réussi à se débarrasser de son étiquette de parachuté.
« C’est dommage. Je pense que c’était gagnable mais qu’on n’a pas très bien joué », regrette un député RN. Le parti à la flamme pourrait cependant rapidement se consoler. À Marseille comme à Toulon, les chances de victoire semblent sérieuses.
Article original publié sur BFMTV.com














