Le compte rendu a tout pour mettre l’exécutif espagnol dans l’embarras. Un rapport de la police du pays, publié mercredi 2 septembre par le média en ligne El Español et consulté par l’AFP, pointe la « permissivité » des policiers marocains lors de l’afflux de migrants à Ceuta fin juillet, semant le doute sur le rôle du Maroc dans la crise.
« Au-delà de la tenue des actes officiels de la Fête du Trône à Rincón/M’Diq (organisée le 30 juillet, ndlr), il est certain que les déclarations d’un nombre important de migrants entrés à Ceuta le 30 juillet concordent pour affirmer que le déploiement policier autour de la frontière entre le Maroc et Ceuta […] était sensiblement plus réduit que d’ordinaire », écrivent dans ce rapport les enquêteurs du Centre national de l’immigration et des frontières (CENIF).
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« Les 30 et 31 juillet, la réponse policière au Maroc face à la mobilisation et à l’entrée massive de migrants à Ceuta a été, au minimum, d’une totale permissivité, sans qu’aucune tentative sérieuse ne soit enregistrée pour tenter de réduire, disperser ou éloigner la masse de personnes du périmètre frontalier le 30 juillet », poursuivent les auteurs du rapport.
Pedro Sánchez continue de dédouaner le Maroc
Le compte rendu va à l’encontre, en partie, du discours de l’exécutif espagnol, qui a toujours exonéré le Maroc de toute responsabilité dans l’afflux de plusieurs dizaines de milliers de personnes dans le territoire espagnol d’Afrique du Nord les 30 et 31 juillet, une position critiquée par de nombreux membres de l’opposition.
Ce jeudi encore, le Premier ministre espagnol a défendu devant les députés sa gestion de la crise, assurant une nouvelle fois n’avoir « aucune preuve » de l’implication du Maroc, tout en revendiquant fermement la souveraineté espagnole sur l’enclave. Aucun service ni aucun organisme international « n’a remis au gouvernement espagnol de preuves solides que le Maroc ait planifié ou orchestré » l’afflux de migrants, a insisté Pedro Sánchez.
Le Premier ministre a cependant vivement critiqué les déclarations « inacceptables » de deux ministres marocains, qui ont récemment revendiqué la souveraineté marocaine sur Ceuta et Melilla, deux territoires espagnols enclavés au Maroc. « Depuis des siècles, ces deux villes sont espagnoles (…). Et je vous assure que, pour le gouvernement espagnol, cela restera ainsi jusqu’à la fin des temps », a lancé le chef du gouvernement depuis la tribune.
« Un comportement de facilitation de l’immigration irrégulière »
Dans leur rapport sur Ceuta, les policiers écrivent que « la concentration géographiquement proche de moyens de sécurité publique due à la célébration de la Fête du Trône aurait dû faciliter un contrôle beaucoup plus ferme, au moins le 31 juillet ; on observe au contraire une réaction progressive plus lente que ce qu’une situation de ce type exigeait ».
« En outre, les déclarations des migrants interrogés et les séquences vidéo elles-mêmes, diffusées dans les médias et sur les réseaux sociaux, montrent, selon les cas, des attitudes compatibles avec un comportement de facilitation de l’immigration irrégulière, jusqu’à des scènes qui laissent penser à une surveillance et un contrôle du processus d’entrée/sortie, etc. », ajoutent les enquêteurs.
« Dans les entretiens réalisés, les migrants racontent de façon pratiquement unanime que les forces de police non seulement restaient passives face aux tentatives d’entrée, mais leur indiquaient en plus de passer par la mer dans la zone de la jetée d’El Tarajal et non par d’autres accès », continuent-ils.
Pour certains analystes, la crise aurait pu être un message envoyé à l’Espagne par le royaume marocain sur la question du Sahara occidental – une ancienne colonie espagnole, contrôlée en majeure partie par le Maroc mais revendiquée par les indépendantistes du Front Polisario, soutenus par l’Algérie – après une visite de Pedro Sánchez en Algérie en juillet.
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