Au Forum économique mondial de Davos, mardi 20 janvier, le président de la République, Emmanuel Macron, a décrit « une période d’instabilité et de déséquilibres du point de vue sécuritaire et économique ». Le chef d’Etat a répondu à une série d’invectives de son homologue américain, Donald Trump. Face aux Etats-Unis, Emmanuel Macron a notamment appelé à refuser la « loi du plus fort », dénonçant une « dérive vers l’autocratie et davantage de violence », où « les conflits sont devenus la norme ». Nous entrons dans « un monde sans loi où le droit international est bafoué », a-t-il complété.
Dans une rafale de publications sur son réseau Truth Social et de propos tenus à des journalistes avant son déplacement dans la station des Alpes suisses, le président américain a brandi une nouvelle menace de droits de douane prohibitifs sur des produits fleurons des exportations françaises : « Je vais mettre 200 % de droits de douane sur ses vins et champagnes. Et il y adhérera. Mais il n’est pas obligé d’y adhérer », a-t-il dit à l’adresse d’Emmanuel Macron.
Ambitions impériales
En réponse à ces droits de douane, ce dernier a notamment cité l’instrument anticoercition de l’Union euroépenne (UE), qui vise à répondre à tout pays qui utiliserait des armes commerciales pour faire pression sur l’un des 27 Etats membres. « L’Europe dispose d’outils très puissants et nous devons les utiliser lorsque nous ne sommes pas respectés et lorsque les règles du jeu ne sont pas respectées », a-t-il expliqué.
Emmanuel Macron a aussi noté l’importance de respecter une « préférence européenne ». « L’Europe doit renforcer ses instruments de défense commerciale », y compris grâce à des « mesures miroirs » pour « faire respecter les normes réglementaires » et une augmentation des « investissements directs étrangers ». « La compétitivité européenne est toujours à la traîne par rapport à celle des Etats-Unis », a constaté le président français, appelant à « réagir » à la montée de la compétitivité chinoise.
Outre le volet commercial, le chef de l’Etat a dénoncé les ambitions impériales qui « refont surface ». Il a dit préférer « le respect plutôt que les brutes », et « l’état de droit plutôt que la brutalité », en référence aux velléités de Donald Trump sur le Groenland. Plusieurs dirigeants européens et Mark Rutte, secrétaire général de l’OTAN, sont à Davos cette semaine où ils espèrent convaincre le président américain de renoncer à ses menaces contre le territoire sous la souveraineté du Danemark, un pays membre de l’UE et de l’Alliance atlantique.
Emmanuel Macron a déploré l’entrée dans « un monde où le multilatéralisme est encore affaibli », et dans lequel « la concurrence devient de plus en plus ardue, de plus en plus difficile, notamment avec les Etats-Unis qui demandent des concessions de plus en plus importantes et cherchent à affaiblir l’Europe ». Pour répondre à ces problèmes, il a appelé à « plus de coopération pour construire de nouvelles approches et une souveraineté stratégique et économique plus forte, notamment en Europe ».
Le G7, un « forum pour un dialogue franc »
« La France et l’Europe sont attachées à la souveraineté nationale et à l’indépendance, et aux Nations unies et à leur charte », a aussi souligné le président français alors que son homologue américain veut créer un nouveau « Conseil de paix » mondial totalement à sa main. Donald Trump a particulièrement pris pour cible son homologue français, brocardé pour son refus de rejoindre le « Conseil de paix », lancé à l’initiative de Donald Trump dans le cadre du plan américain pour aboutir à un arrêt de la guerre menée par Israël dans la bande de Gaza.
« L’Europe doit défendre le multilatéralisme, qui sert nos intérêts et les intérêts de tous ceux qui refusent de se soumettre à la force brute », a martelé le président français, prenant pour exemple la mission européenne menée au Groenland par plusieurs pays européens. Il a dit vouloir refaire du G7, que la France préside cette année, un « forum pour un dialogue franc » et pour des « solutions collectives et coopératives ».
Si l’Europe doit résoudre « ses problèmes majeurs », a dit Emmanuel Macron, citant notamment un manque de croissance, celle-ci reste « un endroit où l’Etat de droit et la prévisibilité sont toujours la norme ». Bien que l’Europe soit « parfois trop lente et ait certainement besoin d’être réformée », « un endroit prévisible, loyal, où l’Etat de droit reste la règle du jeu, est un bon endroit pour aujourd’hui et pour demain », a-t-il ajouté.















