- Du 12 au 23 mai, notre envoyé spécial sur la Croisette livre son avis totalement subjectif sur les films dévoilés en avant-première mondiale.
- Aujourd’hui : « Minotaure », le nouveau long-métrage du cinéaste russe en exil Andreï Zviaguintsev, en course pour la Palme d’or.
- Une libre adaptation de « La Femme infidèle » de Claude Chabrol, aux premières heures de l’invasion de l’Ukraine.
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Festival de Cannes 2026 : films attendus, stars et actualités de la Croisette
Vous vous souvenez de Volodymyr Zelensky sur l’écran géant du Grand Théâtre Lumière ? « Nous avons besoin d’un nouveau Chaplin »
, réclamait le président ukrainien en mai 2022, devant un parterre de célébrités en smokings et robes de créateurs, appelant les cinéastes du monde entier à combattre le dictateur de Moscou au moyen d’une caméra. Quatre ans plus tard, la plupart des artistes russes portant un regard critique ont été priés de se taire… ou de s’exiler à l’image d’Andreï Zviaguintsev.
Désormais installé en France, où il a surmonté une longue maladie, l’auteur de Faute d’amour,
prix du jury en 2017, opère un retour magistral sur la Croisette avec Minotaure
, sérieux candidat à la Palme d’or du 79ᵉ Festival de Cannes. Notons qu’il s’agit d’une libre adaptation de La Femme infidèle
de Claude Chabrol, sorti en 1969, transposée dans la Russie contemporaine de qui vous savez. Et qu’elle a été tournée en Lettonie pour des raisons assez évidentes.
C’est quoi le pitch ? Il était une fois en Russie. En 2022 plus précisément, vous savez cette sombre année où l’armée russe a engagé une « opération spéciale » sur le territoire de son voisin ukrainien. Dans une petite ville de province, Gleb, un chef d’entreprise proche du pouvoir, doit déjà faire face à l’exode d’une partie de ses salariés quand le maire lui réclame une liste de noms pour la conscription. Au même moment, il découvre l’infidélité de Galina, la mère de son adorable petit garçon, et charge son directeur de la sécurité de lui ramener le nom de l’amant…
Mon avis ? Je sais, je viens de prédire la Palme à Fjord
de Cristian Mungiu. Mais j’ai le droit d’avoir plusieurs favoris, non ? Parce que franchement, quel p….. de grand film ! Si l’enfant sacrifié de Faute d’amour
m’avait tiré les larmes, Minotaure
m’a fait bien rire (jaune) devant le spectacle d’une bourgeoisie cynique, cruelle et corrompue qui mange dans les restaurants gastronomiques et discute de ses prochaines vacances au soleil entre deux blagues salaces, pendant que les classes populaires sacrifient leurs enfants sur l’autel des noirs desseins du maître Kremlin.
Minotaure
est éminemment politique, pas besoin de vous faire un dessin. Mais c’est aussi un film hyper divertissant avec ses rebondissements façon frères Coen période Fargo
, propulsé par la beauté de ses lumières crues et la science du cadre quasi maniaque d’Andreï Zviaguintsev. Et puis ses acteurs sont tout simplement géniaux.Le débonnaire Dmitriy Mazurov et la sensuelle Iris Lebedeva forment un couple en crise que j’étais personnellement incapable de détester, en dépit des terribles catastrophes qu’il engendre. Au palmarès, c’est certain. Reste à savoir sur quelle marche.
>> Minotaure
de Andreï Zviaguintsev. Avec Dmitriy Mazurov, Iris Lebedeva, Boris Kudrin. En salles le 14 octobre.




