- Du 12 au 23 mai, notre envoyé spécial sur la Croisette livre son avis totalement subjectif sur les films dévoilés en avant-première mondiale.
- Aujourd’hui : « L’Être aimé » de Rodrigo Sorogoyen, en lice pour la Palme d’or, et qui sort ce vendredi dans toute la France.
- Le portrait d’un cinéaste « toxique » interprété par la superstar espagnole Javier Bardem.
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Festival de Cannes 2026 : films attendus, stars et actualités de la Croisette
C’est l’un des plus grands mystères de l’histoire récente du Septième art. Je veux bien sûr parler de l’absence d’As Bestas de la compétition cannoise en 2022, le précédent long-métrage de Rodrigo Sorogoyen ayant été « relégué » en section Cannes Première alors qu’il avait clairement une gueule de Palme d’or.
Ce thriller psychologique étouffant sous le soleil d’un petit village de Galice allait faire une razzia aux Goyas quelques mois plus tard, avec notamment le trophée du meilleur acteur pour Denis Ménochet, mais aussi le César du meilleur film étranger… au détriment de la Palme d’or Sans Filtre
! Autant dire que le retour de son auteur sur la Croisette est un petit événement à lui tout seul. Le résultat est-il à la hauteur ?
C’est quoi le pitch ? Enfant terrible du cinéma espagnol, Esteban Martinez rentre au pays pour tourner son prochain film, une fresque historique dont il propose le rôle principal à Emilia, sa fille aînée qu’il n’a pas vue depuis 13 ans, après avoir quitté sa mère dans des circonstances douloureuses. Ces retrouvailles dans un cadre professionnel vont-elles les aider à rattraper le temps perdu ? Ou bien au contraire raviver de vieilles blessures ? Suspense de fou. Mais vous vous doutez bien que le tournage ne va pas être une partie de plaisir…
Mon avis. L’Être aimé
, c’est un peu comme un roman de Stephen King sans meurtre ni frisson. Tromperie sur la marchandise ? Après avoir perfectionné l’art du thriller durant plusieurs films jusqu’au magistral As Bestas
, Rodrigo Sorogoyen a choisi de changer de registre en s’essayant au drame. Ainsi soit-il. Sauf que le fantôme de son film précédent m’a hanté pendant toute la projection. Durant la scène d’ouverture, où la caméra scrute les visages de Javier Bardem et Victoria Luengo en gros plans bien serrés, je me frottais les mains à l’idée d’assister à la destruction du père égocentrique par la fille paumée, ou l’inverse. Or j’ai surtout eu droit au portrait assez convenu d’un cinéaste plus doué pour les travellings que pour les relations humaines. Soit.
À travers L’Être aimé
, Rodrigo Sorogoyen cherche à dénoncer la masculinité toxique, exacerbée lorsqu’elle émane d’un homme de pouvoir, au cinéma en l’occurrence. Je n’oserais pas mettre en doute la sincérité du propos. Mais j’aurais préféré qu’au lieu de multiplier les formats d’image et les effets de style de manière un peu artificielle, le metteur en scène espagnol rentre dans le lard de son personnage de façon plus frontale, quitte à le rendre totalement détestable, au lieu de lui donner une aura d’artiste maudit qui finirait presque par le dédouaner de ses excès.
Pire : hormis une épatante scène de pétage de plombs en plein tournage, j’ai eu l’impression que Javier Bardem en avait gardé sous le pied. Un comble de la part d’un tel monstre.
>> L’Être aimé
de Rodrigo Sorogoyen. Avec Javier Bardem, Victoria Luengo, Raúl Arévalo. 2h15. En salles.




