La CAN 2025 s’est terminé en montagnes russes émotionnelles et en images polémiques. Le Sénégal a remporté sa 2e Coupe d’Afrique dans un stade hostile. Un sacre qu’il est allé chercher avec les dents, avec un penalty contesté par un retour aux vestiaires et finalement arrêté alors que ses supporters envahissaient le terrain. Puis, un éclair de Pape Gueye a douché les Lions de l’Atlas qui auraient tout autant mérité de l’emporter.
Match entre « pays-frères », l’imminence de la finale avait pourtant donné lieu à de belles scènes d’amitié tout au long du week-end à Rabat. Loin des polémiques – vite éteintes par ailleurs- entre la fédération sénégalaise, l’organisation marocaine et la CAF, les fans des deux pays s’amusaient beaucoup de ce duel de Lions. Amitié en dehors mais aussi promesse de « guerre » ou d' »enfer » pendant la rencontre. Un serment fait en souriant mais qui prend une autre tournure au vu du déroulé de la soirée.
Un match pourtant débuté dans l’amitié
Dans le stade Prince Moulay-Abdellah, les Marocains ont tenu leur promesse. Remplissant 99 % du stade, ils font tout pour déstabiliser les Sénégalais à grands renforts de sifflets. Les supporters sénégalais aimeraient riposter mais même le 12e Gainde n’est pas au complet. Les places pour le duel était rares.
Le sélectionneur sénégalais Pape Thiaw avait cependant promis que les sifflets ne perturberaient pas ses joueurs et que la finale sera jouée à « 11 contre 11 sur la pelouse ». Ses joueurs lui auront donné raison en prenant le jeu à leur compte. Sur le premier corner du match, Bounou se montre déjà décisif en arrêtant la reprise de Pape Gueye (6e).
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Sur le rectangle vert, le match est à la fois tactique et physique. Les duels sont d’une intensité rarement vue dans la compétition. Les Sénégalais prennent le parti d’attendre leurs adversaires très bas dans leur camp, obligeant les Marocains à se découvrir pour presser. Parfois, c’est au risque d’une récupération haute que Saibari glisse trop tard pour Azzouli (20e).
Bounou triplement décisif
Mais souvent ça fonctionne. Lancé par Nicolas Jackson après une passe à 10 dans la moitié de terrain sénégalaise, Iliman Ndaye se présente face à Bounou qui sort un deuxième arrêt décisif pour sauver les siens (38e).
Les Lions de l’Atlas ne sont pas en reste mais manquent aussi de précision dans le dernier. Les deux équipes peuvent craquer la première. Une action dans les arrêts de jeu l’illustre : Lamine Camara voit sa frappe contrée sur une glissade. Sur la contre-offensive, le Maroc est proche d’ouvrir le score (45e+4).
Au retour des vestiaires, les supporters poussent les Lions de l’Atlas à se montrer davantage après avoir laissé la possession aux Sénégalais lors de la première mi-temps. Ordre reçu 5 sur 5. Les Marocains entament un temps fort. Les occasions se multiplient sur le but d’Edouard Mendy mais les coups de pied arrêtés manquent d’ajustement.
À l’heure de jeu, le couperet se rapproche pour le Sénégal. Depuis l’aile droite, El Khanouss enveloppe un bijou de centre pour El Kaabi. L’attaquant devance Mendy mais ouvre beaucoup trop son pied. Sa frappe lèche le poteau gauche (58e). Sarr revient du diable vauvert pour contrer El Kaabi (63e). Puis Niakhité doit dégager en catastrophe au-dessus de son but- 65e). Il y a le feu à la tanière des Lions de la Teranga, jusqu’à ce qu’un contact entre Neil El Aynaoui et un défenseur interrompe longuement le jeu. Le jeune milieu a la tête en sang et les soigneurs passent plusieurs minutes à son chevet alors que ses partenaires haranguent la foule. (69e).
Le jeu est arrêté plusieurs minutes mais le milieu de l’AS Roma finit par reprendre avec un énorme bandage sur la tête. Pape Thiaw a profité de la pause impromptue pour réfléchir à un plan Il fait entrer des joueurs frais : Ismaïla Sarr remplace Lamine Camara, le jeune parisien Ibrahim Mbaye prend la place d’Illiman Ndiaye et Antoine Mendy laisse sa place à Abdoulaye Seck (77e).
Un penalty fait basculer le match dans l’irrationnel
À mesure que les minutes passent, les spectateurs vivent toujours plus intensément le match. À chaque attaque marocaine, tout le monde se lève et se penche pour voir si cela va aboutir. Et à chaque excursion sénégalaise, c’est tout une nation qui retient son souffle. Bounou joue encore les sauveurs face à Mbaye (89e).
Lors des huit longues minutes d’arrêts de jeu, il craque enfin. Sur un corner, il est d’abord sauvé par le poteau puis le ballon est catapulté dans les filets. Le royaume pleure déjà quand l’arbitre revient à une faute sur Hakimi (90e+2).
Comme trop souvent dans cette CAN, l’arbitrage risque d’alimenter les débats car c’est finalement sur un penalty tardif que se provoquera la décision. Sur un corner, Brahim Diaz s’écroule. L’arbitre ne bronche pas dans un premier temps mais devant la furia du stade et du Madrilène consulte les images. Le penalty est évident à la relecture mais la faute sur l’action précédente l’aurait été moins…
La fin du temps réglementaire se résume au chaos. Les staffs s’embrouillent. Les supporters sénégalais tentent de rentrer sur la pelouse. Devant la situation, Pape Thiaw demande à ses hommes de quitter la pelouse. Par crainte pour leur sécurité ou pour protester contre le penalty ? L’imbroglio dure de longues minutes.
Edouard Mendy, héros du match
Les Lions de la Teranga finissent par revenir sur le rectangle vert à l’appel de Sadio Mané. « »On va y aller comme des hommes », promet-il. Son compère Edouard Mendy en premier, percutant au passage Brahim Diaz pour l’intimider. Alors que les supporters sénégalais tentent toujours d’envahir la pelouse, le penalty est tiré. Le Madrilène tente une panenka ou manque complètement sa frappe. Edouard Mendy n’a même pas besoin de bouger (114e). L’arbitre siffle une pause bienvenue. Brahim Diaz est inconsolable et sort, remplacé par Igamane.
Comment reprendre le jeu dans ces conditions ? Les 22 acteurs le font pourtant dans un match débridé et le Sénégal finit par faire sauter le verrou Bon. Avec une puissance extraordinaire, Pape Gueye passe devant Hakimi et catapulte un missile dans la lucarne (94e, 1-0). Un ange passe à Rabat alors que le 12e Gaindé reprend ses chants.
Les Lions de l’Atlas refusent de s’avouer battus, même à 10 après la blessure d’Igamane. Ils poussent jusqu’au bout. Mendy est intraitable devant les assauts marocains et gagnent du temps » à l’expérience » chaque fois que c’est possible. Youssef En-Nesyri touche le poteau (105e)
Le siège de la tanière sénégalaise commence mais les Lions de la Teranga ne sont pas hospitaliers. Il y a toujours un gant d’EdouardMendy, une tête, un pied, une transversale pour contrer les assauts marocains. Cherif Ndiaye manque lui l’immanquable but du break après avoir effacé Bounou (109e)
Le Sénégal tient, envers et contre tout. Walid Regragui avait promis que le stade Prince Moulay-Abdellah ne serait « pas le stade des Martyrs de Kinshasa » où les Sénégalais avaient infligé une remontada aux Congolais. Ce fut pire. Et les Sénégalais y ont survécu.. Les larmes d
« Comme des hommes », les Sénégalais ont arraché leur deuxième étoile. Les Marocains l’auraient tout autant mérité mais la cruauté d’un tournoi est qu’il n’y a qu’un vainqueur. la pluie, qui avait laissé les joueurs tranquilles, se mêlent aux larmes du pays hôte dans la nuit.










