- En France, six maisons individuelles sur dix sont exposées aux fissures sous l’effet conjugué de la sécheresse et des intempéries.
- Plusieurs propriétaires de ces habitations témoignent de leurs difficultés quotidiennes dans un premier reportage du JT de TF1.
- Un second reportage présente, lui, des solutions innovantes pour endiguer ce fléau.
Suivez la couverture complète
Le 20H
C’est un phénomène qui concerne de plus en plus de Français. Sous l’effet conjugué de la sécheresse et des intempéries, les sols se rétractent, puis gonflent. Et comme beaucoup de maisons ont été construites sur de l’argile, matière particulièrement spongieuse, les bâtisses sont toujours plus nombreuses à se fissurer sous l’effet de cette alternance. En France, on estime que quelque 12 millions de maisons individuelles sont exposées à cette situation, soit six sur dix. Un calvaire pour les propriétaires de ces habitations, qui en témoignent dans le reportage du 20H de TF1 visible en tête de cet article.
« Ça, c’est la première que j’ai vue
, montre Patrick Klein, retraité concerné résidant à Vry (Moselle), en désignant une fissure apparue sur sa façade en 2015. On a essayé de la boucher un petit peu et finalement, le mastique, ça ne suffit pas. Maintenant, j’arrive à mettre ma main dedans tellement elle s’est ouverte. »
Isabelle Catalan, sa compagne et co-propriétaire de cette bâtisse, tient pour sa part à effectuer un test devant notre caméra : elle pose une bille sur le sol lézardé de sa cuisine, qui se met aussitôt à rouler vers un coin de la pièce, révélant ainsi un dénivelé de plusieurs centimètres.
« Je les regarde, les fissures. Je ne vois qu’elles et je ne fais que me dire que ça a encore bougé… Il y en a vraiment partout, jusque dans les coins. Donc on se demande : ça va tenir jusqu’à quand ? J’espère que ça tiendra suffisamment pour que les travaux soient faits et qu’on puisse être en sécurité. Mon sol est devenu un puzzle. Ce n’est quand même pas normal, un truc pareil. C’est inquiétant »
, témoigne la retraitée, sans même mentionner ses fenêtres, qui ont forcément beaucoup de mal à s’ouvrir.
Lors des dernières sécheresses, la commune de Vry a été reconnue en état de catastrophe naturelle, condition indispensable pour pouvoir déclarer un tel sinistre. Ce qu’ont fait, il y a déjà plusieurs années, Isabelle et Patrick, désormais confrontés aux experts et aux assurances, très sélectifs dans leurs éventuelles prises en charge. « Leur objectif, c’est vraiment de réduire la facture au minimum, et de payer le plus tard possible. On sent très bien que c’est ça qui les intéresse. C’est là qu’ils gagnent de l’argent »
, assène Patrick, qui devra s’acquitter d’au moins 80.000 euros pour ses travaux, sans compter le salon, désormais aussi fissuré. Isabelle ajoute : « Il n’est pas question de lâcher. Mais c’est extrêmement pénible sur le plan psychologique. »
Maisons fissurées : des solutions innovantesSource : JT 20h Semaine
02:21
Maisons fissurées : des solutions innovantes
Pour éviter de subir pareilles épreuves, il s’agit à présent d’anticiper. Les solutions en ce sens se multiplient, comme le montre cet autre reportage du 20H de TF1, visible, lui, ci-dessus. On y voit d’abord un tout nouveau système, encore au stade de prototype, permettant d’envoyer de l’eau de pluie directement dans les fondations de la maison. « C’est un puits de réhydratation, donc un système d’arrosage pour réhydrater le sol sous les fondations »
, précise Lamine Ighil Ameur, chercheur en mécanique des sols au Centre d’études et d’expertise sur les risques, l’environnement, la mobilité et l’aménagement (Cerema). Cette innovation française rend possible le contrôle, goutte par goutte, du niveau d’humidité des fondations. Coût estimé : entre 15.000 et 20.000 euros, à la charge du propriétaire, en attendant que les assureurs certifient cette méthode.
D’autres dispositifs sont, en revanche, d’ores et déjà pris en charge, comme les pieux en métal, qui bloquent les racines déstabilisant les sols au moyen d’écrans en acier. Ou encore un gel un peu spécial… « Il s’agit d’un gel de silice, un gel minéral. C’est le produit qu’on utilise pour traiter cette problématique de retrait-gonflement des argiles (RGA) »
, éclaire Laurent Forti, responsable du programme d’adaptation au changement climatique d’IFP Énergies Nouvelles, organisme public de recherche, d’innovation et de formation dans les domaines de l’énergie, du transport et de l’environnement. Concrètement, il faut cinq minutes pour injecter le gel dans des petits trous dédiés, trois jours pour que le sol soit ensuite consolidé, une semaine en tout pour les travaux, et une somme de 40.000 euros, aujourd’hui en grande partie prise en charge par les assurances.
Il existe enfin une option plus rapide, moins chère, qui s’applique directement dans les fissures, et dont les travaux, coûtant entre 1.000 et 2.000 euros, à la charge des assureurs, ne durent que deux jours. « On insère des morceaux de ferraille qu’on va lier, pour faire des agrafes, avant de remplir les brèches avec du mortier »
, détaille Nicolas Di Cocco, directeur commercial de l’entreprise spécialisée 2AS, en joignant le geste à la parole. Avant d’apporter une précision importante : cette méthode ne conviendra pas à toutes les structures. « Si le bâtiment, à travailler une fois, est jugé stable, ce processus sera suffisant, sans forcément aller chercher les fondations »,
assure-t-il. À condition, là encore, que l’état de catastrophe naturelle soit reconnu.













