L’échec des négociations à Islamabad entre l’Iran et les États-Unis maintient le détroit d’Ormuz en eaux troubles. Près de 800 navires restent bloqués dans ce passage maritime qui est la principale voie d’exportation du pétrole et du gaz produit au Moyen-Orient.
• Nœud gordien des négociations
Pour expliquer les raisons de l’échec des négociations entre Washington et Téhéran, les deux belligérants s’accusent d’outrance sur ce dossier du détroit d’Ormuz. Les « demandes déraisonnables » des États-Unis ont fait échouer les négociations à Islamabad pour mettre fin à la guerre au Moyen-Orient, a affirmé dimanche la télévision d’État iranienne (Irib). Le site d’information américain Axios, citant une source au fait des négociations, a rapporté que les désaccords portaient sur « la demande de l’Iran de contrôler le détroit d’Ormuz et son refus d’abandonner son stock d’uranium enrichi ».
• Donald Trump annonce un blocus naval
Dans la matinée, Donald Trump a republié sur son réseau social l’article d’un média américain évoquant la possibilité pour le président américain de procéder à un blocus naval pour contraindre l’Iran à rouvrir le détroit. C’est par ce moyen que les États-Unis s’étaient attaqués au Venezuela, fin 2025, avant de capturer le président Nicolas Maduro. Quelques heures plus tard, le président américain a annoncé que l’armée américaine allait « bloquer tous les bateaux qui tentent d’entrer ou de sortir du détroit d’Ormuz ».
Dans deux longs messages, le président américain a averti: « Tout Iranien qui nous tire dessus, ou qui tire sur des navires pacifiques, sera PULVÉRISÉ ! », laissant entendre que « d’autres pays » seraient impliqués, sans toutefois les nommer. Sur Fox News, un peu plus tard, il a précisé que la Grande-Bretagne « et quelques autres pays » enverraient des navires dragueurs de mines dans le détroit.
Pour le chercheur et journaliste indépendant Romain Mielcarek, interrogé par BFMTV, les Américains n’auraient aucun mal à instaurer un tel blocus mais une telle manœuvre pourrait tourner au désastre à quelques mois des élections de mi-mandat. « L’enjeu pour les États-Unis, c’est de s’assurer que le cours du pétrole ne s’effondre pas complètement et qu’il y ait suffisamment de pétrole produit et qui circule pour que les marchés soient touchés raisonnablement », explique-t-il, rappelant que depuis le début de la guerre, l’Iran continue d’exporter son pétrole vers la Chine, l’Inde ou le Pakistan. « Si ce flux est coupé, ces pays iront chercher leur pétrole ailleurs et cela affectera les prix en touchant à la demande globale. Invité de BFM Politique, l’ancien Commissaire européen Thierry Breton considère que « si Donald Trump s’aventurait à ça, un petit coup de fil de Xi Jinping ramènerait les choses à leur réalité ».
• L’Iran brandit la menace d’un « tourbillon mortel »
Les Gardiens de la Révolution iraniens, armée idéologique de la République islamique, ont répondu à Donald Trump dimanche sur X en affirmant avoir « entièrement sous contrôle » le trafic dans le détroit et en menaçant d’y piéger leurs ennemis dans un « tourbillon mortel ». Le président du Parlement iranien, Mohammad Bagher Ghalibaf, qui menait la délégation au Pakistan, a lui critiqué sur X les Etats-Unis, « incapables » de gagner la confiance de l’Iran.
Plus tôt dans la journée, ils avaient indiqué vouloir agir sévèrement contre tout navire militaire transitant par le détroit d’Ormuz, a rapporté la télévision d’État.
« Toute tentative de navires militaires de franchir le détroit d’Ormuz fera l’objet d’une réaction sévère. La marine des Gardiens de la révolution dispose de l’autorité totale pour gérer intelligemment le détroit d’Ormuz », a déclaré le commandement naval des Gardiens, selon la télévision d’État (Irib).
Il a ajouté que le passage du détroit ne serait « accordé qu’aux navires civils dans des conditions spécifiques ».
Plus tôt dans la semaine, les Gardiens de la Révolution avaient annoncé que les navires passant le détroit d’Ormuz devaient emprunter deux routes alternatives, proches des côtes iraniennes, invoquant la possibilité de « mines » sur l’itinéraire habituel plus au large. Pour entrer dans le Golfe depuis la mer d’Oman, les navires doivent passer entre la côte iranienne et Larak, surnommée le « péage de Téhéran » par la revue maritime de référence Lloyd’s List. L’itinéraire de sortie du Golfe passe au sud de cette île, et évite le trajet normal plus proche des côtes d’Oman.
• Passage au compte-goutte des navires marchands
Depuis le début du cessez-le-feu annoncé ce mercredi 8 avril pour une période de deux semaines une petite vingtaine de bateaux ont franchi le détroit d’Ormuz.
Les envoyés spéciaux de BFMTV ont constaté samedi que deux supertankers qui s’approchaient de la zone ont rebroussé chemin après avoir appris l’échec des négociations à Islamabad. Dans la matinée ce dimanche, ils ont constaté la présence d’un pétrolier panaméen empruntant « le péage de Téhéran ».
Article original publié sur BFMTV.com











