Lorsqu’il a émergé, Bennett Miller a pu apparaître comme un cinéaste intempestif. Toujours en d’autres temps. La fin des années 1950, dans Truman Capote (2005), qui retrace l’élaboration, par l’écrivain américain, de De sang-froid, enquête littéraire sur le massacre d’une famille dans le Kansas. Le tournant des années 1990 et 2000, avec Le Stratège (2011), sorte de biopic de Billy Beane, entraîneur de baseball qui révolutionna les méthodes de recrutement sportif, ou Foxcatcher (2014), qui métabolise fait divers et sport encore (le meurtre d’un champion de lutte par son mécène).
La sortie de son tout premier film, le documentaire The Cruise (1998), encore inédit en France, pourrait parfaire ce tableau passéiste, puisqu’il s’agit de faire le portrait d’un jeune guide touristique, Timothy Levitch, qui connaît par cœur l’histoire de Manhattan, et la retranscrit dans une langue très précieuse, maniérée. On fut d’autant plus surpris quand on sut que le réalisateur, qui n’a plus tourné depuis Foxcatcher (soit depuis douze ans), paraissait avoir décroché du cinéma et se vouait désormais à exposer des images conçues avec DALL-E, une intelligence artificielle (IA) générative.
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