Le chanteur Bad Bunny a transformé le spectacle de la mi-temps du Super Bowl, le 8 février, en une célébration de son archipel natal, Porto Rico, et plus largement de l’Amérique latine. Le président américain Donald Trump a qualifié d' »affront à la grandeur de l’Amérique » cette performance, lors de de laquelle le chanteur a remis symboliquement un Grammy Award à un jeune garçon. De nombreux internautes ont affirmé que l’enfant était Liam Conejo Ramos, un Equatorien de 5 ans interpellé à Minneapolis avec son père, avant d’être placé dans un centre de détention pour familles d’immigrés par la police fédérale américaine de l’immigration (ICE). Mais cette affirmation est infondée : il s’agit d’un enfant de 5 ans choisi pour incarner une version jeune de Bad Bunny.
Le concert organisé à la mi-temps de la finale du championnat de football américain (NFL) à Santa Clara, en Californie, le 8 février, figurait parmi les événements les plus attendus de l’histoire du Super Bowl, sa dimension politique potentiellement explosive s’ajoutant à l’attrait de celui qui est aujourd’hui l’artiste le plus populaire au monde (lien archivé ici). Mais Bad Bunny – Benito Antonio Martinez Ocasio de son vrai nom – a évité les critiques et les mises en accusation.
Cela n’a pas apaisé Donald Trump, qui a qualifié le concert d' »affront à la grandeur de l’Amérique » sur son réseau Truth Social quelques minutes après la fin du show (lien archivé ici). « Personne ne comprend un mot de ce que dit ce type« , a écrit le chef de l’Etat, Bad Bunny chantant et s’exprimant quasi-exclusivement en espagnol, parlé par plus de 41 millions de personnes aux Etats-Unis, selon des chiffres officiels.
Patrick T. FallonAFP
(Patrick T. Fallon / AFP)
La performance comprenait notamment une scène lors de laquelle un jeune garçon regarde la cérémonie des Grammy Awards sur un vieux téléviseur. Bad Bunny, qui avait remporté le prix de l’album de l’année une semaine plus tôt, lui remet alors un gramophone doré (lien archivé ici).
« Liam Ramos, le petit de 5 ans kidnappé par le ICE, qui reçoit le Grammy de Bad Bunny devant 150 millions de télespectateurs, dont un Donald en furie, c’est magique« , affirme un internaute sur Threads, dans une publication partagée une centaine de fois depuis le 9 février, et aimée par près de 4.000 internautes.
Des messages similaires circulent sur Facebook (1, 2) et X, et dans plusieurs langues, notamment en anglais, espagnol, portugais et turc.
Captures d’écran prises le 9 février 2026 sur Facebook (à gauche) et Threads (à droite). Croix rouge ajoutée et visages des enfants floutés par l’AFP.
Le 20 janvier, les forces chargées de la lutte contre l’immigration ont arrêté à Minneapolis, dans le nord du pays, Liam Conejo Ramos, un petit Equatorien de 5 ans, avant qu’un juge n’ordonne qu’il soit ramené chez lui (lien archivé ici). La photo de son visage perdu sous son bonnet bleu à oreilles de lapin avait largement circulé en ligne, et son cas avait suscité une vive indignation.
Mais l’affirmation selon laquelle Bad Bunny aurait remis son Grammy à Liam Ramos est infondée.
Une remise symbolique du Grammy au « jeune Benito«
Contacté le 8 février, un porte parole de la NFL a confirmé à l’AFP que l’enfant apparaissant dans le spectacle de Bad Bunny « n’est pas » Liam Ramos (liens archivés ici et ici).
En effectuant une recherche par mots-clés, l’AFP a identifié le compte Instagram officiel au nom de l’enfant : il s’agit de Lincoln Fox. Sur un site professionnel à son nom, il est présenté comme un « acteur » et « mannequin » de cinq ans, d’origine argentine et égyptienne, basé à Los Angeles, en Californie (liens archivés ici et ici).
Quelques heures après le spectacle, le compte au nom de Lincoln Fox a publié une vidéo sur Instagram dans laquelle il affirme : « Je me souviendrai de ce jour pour toujours ! @badbunnypr – ce fut mon plus grand honneur« , accompagnant son message des hashtags #youngbadbunny (« jeunebadbunny« ) ou #littlebadbunny (« petitbadbunny« ) (lien archivé ici).
Capture d’écran prise le 9 février 2026 sur le compte Instagram du jeune acteur Lincoln Fox. Visage de Lincoln Fox flouté par l’AFP.
L’idée selon laquelle cette scène symbolisait la remise du prix par l’artiste à une version plus jeune de lui-même est confirmée par une publication du 9 février, dans laquelle le jeune acteur explique avoir vécu « une journée émouvante et inoubliable« , précisant avoir « été choisi pour incarner le jeune Benito – un moment symbolique où l’avenir remet un Grammy au passé. Un rappel que les rêves deviennent réalité et qu’il n’est jamais trop tôt pour rêver en grand« .
Il conclut son message par ces mots : « J’envoie tout mon amour à Liam Ramos. Nous méritons tous la paix et l’amour en Amérique, un pays bâti par et foyer de tant d’immigrants qui travaillent dur« .
La publication est illustrée par une première image montrant une capture d’écran de la diffusion en direct du Super Bowl (entre les minutes 9:06 et 9:17), où apparaît l’enfant avec Bad Bunny (lien archivé ici). Une seconde image montre ce qui semble être une photographie de Bad Bunny enfant, vêtu de manière similaire à Lincoln Fox, renforçant la symbolique de la scène – la transmission entre le passé et le futur de l’artiste (lien archivé ici).
Le 10 février, le compte au nom de Lincoln Fox a également partagé plusieurs photos – comme ici et là – soulignant sa ressemblance avec Bad Bunny durant son enfance (liens archivés ici et ici).
Captures d’écran prises le 9 février 2026 d’une publication Instagram du jeune acteur Lincoln Fox. Visage de l’enfant flouté par l’AFP.
Enfin, une recherche par mots-clés sur sa plateforme AFP Forum de l’AFP, où figurent plusieurs photographies de Liam Ramos notamment lors de son arrestation et de son séjour avec son père, Adrian Conejo Arias dans un centre de détention pour familles d’immigrés au Texas, permet de constater que les deux enfants sont distincts.
Captures d’écran prises le 10 février 2026 comparant Liam Cortejo Ramos sur AFP Forum (à gauche) et l’acteur Lincoln Fox sur YouTube (à droite). Visages des enfants floutés par l’AFP.
Un spectacle inhabituellement politique
Bad Bunny s’est produit au Super Bowl une semaine après avoir remporté le Grammy Award du meilleur album de l’année (lien archivé ici). Figure de proue du reggaeton et de la trap latine, le Portoricain de 31 ans a récolté trois trophées au total, dont le plus prestigieux pour « Debi Tirar Mas Fotos« .
Après sa performance aux côtés d’artistes comme Lady Gaga et Ricky Martin, le chanteur portoricain, tout de blanc vêtu, a porté un ballon ovale avec les mots: « Ensemble, nous sommes l’Amérique« . A la fin du concert, des drapeaux de tout le continent américain ont été déployés sur scène tandis que s’affichait sur l’écran géant du stade de Santa Clara : « Seul l’amour est plus fort que la haine« .














