dimanche, juillet 5

La fermeté promise par le ministre de l’Éducation sur l’orthographe au baccalauréat n’a, selon les syndicats, quasiment rien changé aux pratiques de notation de cette session, suscitant le mécontentement du locataire de la rue de Grenelle.

Lors du comité social d’administration ministériel organisé en début de semaine, Édouard Geffray a indiqué avoir relevé des « consignes d’examen non suivies » et souligné qu’il n’était « pas satisfait », selon des sources syndicales à l’AFP.

Un message réitéré mercredi dans le quotidien La Montagne: « On fera un bilan une fois les résultats du baccalauréat connus (…)  S’il apparaît qu’il y a eu une forme de discours édulcorant, en contradiction avec les orientations que j’ai fixées, on en tirera toutes les conséquences. »

Quelque 730.000 candidats au baccalauréat vont découvrir leurs résultats mardi.

« Toute copie qui n’a pas un niveau suffisant en termes d’orthographe ne peut pas avoir la moyenne du baccalauréat », a martelé le ministre depuis mai, promettant des barèmes dans toutes les disciplines.

« Des propos hasardeux », selon Éric Nicollet, inspecteur de l’Éducation nationale et secrétaire général du syndicat SUI-FSU, alors que l’orthographe est déjà pris en compte dans la notation. « Je crois que personne n’a compris de quelle manière on pouvait les traduire pour cette session. »

– « Ne changez rien » –

Sur le terrain, les consignes reçues par les correcteurs ont effectivement rarement traduit ce durcissement de ton.

« Il n’y a pas de modification du barème », a-t-on notamment assuré à une centaine de correcteurs d’histoire-géographie, géopolitique et sciences politiques (HGGSP), lors de la commission académique francilienne de la discipline, selon l’un des participants qui a requis l’anonymat.

« On nous a présenté les grilles de correction qui, il faut bien le dire, changent peu par rapport à l’année dernière », a affirmé de son côté une correctrice de la commission académique francilienne du français pour la filière technologique.

« Les retours que j’ai eus, c’est que soit il n’y avait pas eu de consignes, soit un vague rappel du cadre officiel (…) mais pour aussitôt, dire à l’oral +ne changez rien+ », abonde Sophie Vénétitay, secrétaire générale du Snes-FSU, syndicat majoritaire dans le second degré.

Un texte publié au bulletin officiel en août dernier précise en effet que chaque correcteur doit intégrer « dans l’attribution de la note la qualité rédactionnelle des candidats », sans plus de précision.

Quelques académies ont néanmoins ajouté des critères spécifiques, mais souvent « plus symboliques qu’autre chose », avec des bonus ou malus limités à un demi-point ou un point, ajoute Jean-Rémi Girard, président du Snalc.

Professeur de philosophie dans l’académie de Besançon, Jérôme Rodriguez assure n’avoir modifié ni sa méthode de correction ni son barème. « De toute façon, lorsqu’une copie est incompréhensible, on ne peut pas lui attribuer la moyenne. La communication du ministre n’a rien changé », résume l’enseignant, élu Snes-FSU.

– « Vent de panique » –

Sophie Vénétitay dénonce ainsi un « coup de communication politique » à quelques semaines du coup d’envoi des épreuves écrites, qui « visait plutôt l’opinion publique » que les correcteurs.

À quelques jours des résultats du bac, Éric Nicollet dit toutefois percevoir « un vent de panique au ministère » avec des « recteurs qui tout à coup s’inquiètent de savoir si on a bien parlé de l’orthographe ».

Faut-il s’attendre à un durcissement bien plus formel de la notation de l’orthographe dès l’an prochain ? « On peut le craindre oui, c’est possible », avance Jérôme Fournier, secrétaire national du SE-Unsa. « Mais il ne faudra pas attendre le mois de mai de l’année prochaine » pour les annoncer.

Pour Jean-Rémi Girard, le débat sur la notation risque de masquer la question de fond: il appelle à « une réflexion plus large sur l’enseignement de la grammaire, de la syntaxe et de l’expression écrite tout au long de la scolarité ».

« Ce ne sont pas les consignes données aux correcteurs du baccalauréat qui régleront, à elles seules, les difficultés croissantes rencontrées par de nombreux élèves avec la langue française », conclut-il.

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