Déjà, la presse parle d’un meeting « à haut risque ». Les questions s’amoncellent. Raphaël Glucksmann saura-t-il embarquer son auditoire ? Va-t-il faire la démonstration qu’il peut être le candidat légitime du PS ? Son discours permettra-t-il d’enclencher une dynamique ? Beaucoup craignent que le contraste avec la démonstration de force opérée une semaine plus tôt par Jean-Luc Mélenchon à Saint-Denis soit difficile.
Qu’importe, le député européen et patron de Place publique entend tracer sa route, et compte sur le meeting organisé ce samedi aux Docks de Paris à Aubervilliers, son premier grand événement de campagne, pour s’imposer au sein de l’espace social-démocrate. « Notre objectif samedi va être de montrer qu’on peut gagner et qu’on doit gagner en 2027 », décrypte Aurore Lalucq, l’une de ses très proches, auprès du HuffPost.
L’astuce de Marine Tondelier pour être candidate à la présidentielle même en cas d’échec de la primaire
Sans tomber dans un catalogue de mesures et de propositions, l’ancien essayiste devrait surtout esquisser « un chemin », sur lequel seront semées les graines « d’un projet pro-européen, social et écologique qui vise à rassembler », promet Aurore Lalucq. Le presque-candidat, qui s’est laissé trois mois avant de se jeter officiellement dans la course à l’Élysée, devrait aussi rappeler les origines de son engagement et insister sur son score aux dernières élections européennes (13,8 %).
Un des enjeux, ce samedi, réside dans une question simple : combien seront-ils pour écouter Raphaël Glucksmann, qui prendra la parole après quatre figures de la société civile ? Seront invitées sur scène l’économiste Laurence Tubiana, le journaliste spécialiste de la guerre en Ukraine Cyrille Amoursky, la militante rwandaise Annick Kayitesi-Josan et le directeur de recherche du CNRS Raphaël Rodriguez.
Dans son entourage, on ne se risque à aucun pari, même si le chiffre de 2 000 participants circule. Sans forcer la comparaison avec Jean-Luc Mélenchon et ses 26 000 sympathisants réunis en plein air, rappelons qu’ils étaient près de 5 000 (selon les organisateurs) au meeting de Gabriel Attal fin mai. « La comparaison va être brutale », redoute un cadre de Place publique interrogé par Politico, qui admet que cette compétition là « est perdue d’avance ».
Des mauvais signaux ?
Les craintes ne se basent pas sur rien : ces dernières semaines, Raphaël Glucksmann est en perte de vitesse sur les réseaux sociaux, son ancien terrain de jeu favori qu’il délaisse peu à peu. Celui qui s’est notamment fait connaître avec ses posts sur fond jaune pour dénoncer l’esclavage des Ouïghours a perdu 150 000 followers en deux ans sur Instagram. Le prix, selon son entourage, d’une forme de recentrage.
Les espoirs sont donc nombreux pour ce premier meeting. Le député européen compte bien profiter de ce raout pour prouver qu’il a ce qu’il faut pour se plonger dans le bain de la présidentielle, certaines de ses dernières prestations ayant été critiquées, y compris par ses soutiens. À La France insoumise, une députée ne se prive pas, auprès du HuffPost, de moquer son « manque de charisme ». En novembre, son débat raté face à Éric Zemmour l’avait d’ailleurs contraint à reconnaître qu’il aurait « pu faire mieux ».
« Il a sacrément évolué depuis son entrée en politique, le défend Aurore Lalucq. La deuxième campagne était déjà bien différente de la première ». Selon elle, « il n’y a même pas de sujet » à propos de son champion, qui « aime les campagnes et aller à la rencontre des Français. »
Plus concrètement encore, la réussite ou non de ce meeting apportera quelques indices quant à la capacité de Raphaël Glucksmann, en tête de l’espace social-démocrate selon les sondages, derrière Jean-Luc Mélenchon, à convaincre le PS de le soutenir. Ceci, alors que ni Olivier Faure, ni Boris Vallaud ou François Hollande ne seront présents ce samedi à Aubervilliers. Finiront-ils par se ranger derrière lui ? L’eurodéputé devrait profiter de son discours pour leur envoyer des gages.
Objectif : convaincre le PS
En attendant, Aurore Lalucq se dit « confiante » et estime que « travailler avec le PS, c’est naturel. On a fait deux campagnes ensemble, on travaille dans une même délégation au Parlement européen et ça se passe extrêmement bien. J’ai du mal à me dire qu’on puisse ne pas atterrir ensemble à la fin ».
Pourtant, en privé, les choses sont plus compliquées. Une première rencontre a bien eu lieu début juin entre des émissaires du Parti socialiste et de Place publique, mais elle n’a accouché de rien. L’idée mise sur la table par Olivier Faure d’une double primaire n’a pas du tout convaincu le camp Glucksmann, qui refuse toujours de s’y soumettre.
En retour, le patron du PS ne mâche pas ses mots à l’égard de son ex-tête de listes aux européennes. « Raphaël doit proposer quelque chose d’autre que de cogner sur Mélenchon. Ça, on le sait déjà, ça fait 1,7 %, c’était Hidalgo. Il est entouré de gens qui veulent le débrancher, à commencer par Hollande et Cazeneuve, qui sont, de fait, plus crédibles que lui dans le costume », a-t-il affirmé en off, selon Le Canard enchaîné. Charge à l’eurodéputé de lui donner tord, ce samedi.
Premiers signaux encourageants ? À défaut d’avoir su convaincre Olivier Faure de venir à son meeting, l’eurodéputé pourra compter sur la présence de responsables politiques de premier plan comme la présidente de la région Occitanie Carole Delga, l’ex-candidat écologiste à la présidentielle Yannick Jadot, le maire de Montpellier Michaël Delafosse ou l’ex-ministre de la Santé Marisol Touraine. Au total, une vingtaine de parlementaires, en majorité socialistes, devraient faire le déplacement, selon les calculs du Parisien. Pour en convaincre davantage, l’aspirant n’a pas vraiment le droit à l’erreur.
Comment l’affaire Lyhanna entache le bilan déjà controversé de Darmanin depuis 2017
Entre Bardella et Le Pen, ces sujets tourmentent le RN avant l’issue du procès des assistants parlementaires











