Un comité d’experts a recommandé jeudi d’autoriser les pharmacies aux Etats-Unis à concevoir et vendre plusieurs peptides, des substances vantées par des célébrités et influenceurs pour leurs supposés bienfaits thérapeutiques, un assouplissement auquel s’opposaient pourtant de nombreux experts médicaux.
Ce groupe se réunit pendant deux jours pour examiner l’ajout ou non de sept peptides à la liste des substances autorisées à la fabrication par des établissements spécialisés aux Etats-Unis, les rendant de fait davantage accessibles au public.
Quatre substances ont reçu un feu vert jeudi: le BPC-157, une substance promue pour son potentiel de réparation des tissus, le KPV, vanté pour ses effets anti-inflammatoires, ainsi que le TB-500 et le MOT-c. Trois autres substances doivent être examinées vendredi.
« Je pense que cette approbation pourrait être potentiellement nuisible et je ne peux, en toute conscience, voter en sa faveur », a déclaré le médecin Brian Lee, membre du comité, pour justifier son opposition à la recommandation du BPC-157.
Les peptides sont de courtes chaînes d’acides aminés, les éléments constitutifs des protéines.
Ces dernières années, les peptides synthétiques ont suscité un intérêt croissant, de nombreux influenceurs et célébrités leur attribuant des bienfaits allant d’une peau plus éclatante à une augmentation de la masse musculaire ou l’amélioration de la santé cérébrale.
– Pour préparation en pharmacie –
Toutefois, les preuves cliniques étayant ces promesses sont très limitées, voire inexistantes.
Des experts médicaux ont accusé le ministre de la Santé de Donald Trump, Robert Kennedy Jr, d’avoir composé ce comité d’experts consultatif chargé de conseiller l’Agence américaine du médicament (FDA) avec des personnalités ayant des liens étroits avec l’industrie des peptides.
Connu pour ses positions antivaccins et sa promotion de médecines alternatives, le ministre est un défenseur de ces substances, qu’il dit avoir lui-même utilisé pour traiter des blessures.
La fabrication des substances examinées par le comité avait été restreinte sous la présidence de Joe Biden en raison d’un manque de données d’essais cliniques chez l’humain.
Ces restrictions n’avaient toutefois pas freiné leur popularité. Dans de nombreux cas, les peptides peuvent être achetés en ligne auprès de fournisseurs les proposant « pour usage en laboratoire ».
Les partisans d’un accès légal élargi, parmi lesquels Robert Kennedy Jr, estiment que les restreindre ne fait que pousser davantage les Américains vers les marchés parallèles.
Si la FDA suit les recommandations de ce comité, ce qui est généralement le cas, les pharmacies américaines pourront avoir accès à ces ingrédients pour leurs préparations.
Mais pour l’instant, les scientifiques de la FDA estiment que les preuves cliniques restent à ce jour insuffisantes pour justifier un tel assouplissement.
– « Pseudoscience et arnaque » –
Avant d’examiner chaque cas, le comité a suivi de longues présentations scientifiques sur le sujet et entendu des témoignages favorables comme défavorables d’experts.
Pour Peter Lurie, ancien responsable de la FDA aujourd’hui à la tête de l’ONG CSPI, un allègement des restrictions sur ces produits qui relèvent pour lui de la « pseudoscience et de l’arnaque » est « incompatible » avec les normes de la FDA et dangereuse pour les consommateurs.
Un tel allègement était défendu par plusieurs acteurs du secteur dont la société de télémédecine Hims & Hers.
« Je ne vais pas vous dire que les preuves concernant le BPC-157 sont solides. Elles ne le sont pas (…). Ce que je vous demande, c’est de ne pas considérer des preuves limitées comme inexistantes », a plaidé l’un de ses responsables, Anant Vinjamoori, au comité. Il a reconnu que son entreprise « bénéficierait commercialement » d’un tel allègement.
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