Deux jours après l’annonce, par le parquet de Lorient, de l’ouverture d’une nouvelle information judiciaire visant Joël Le Scouarnec pour dix nouveaux viols et 40 agressions sexuelles, Gérald Darmanin a rencontré ce vendredi 21 août un collectif de victimes de cet ancien chirurgien condamné à 20 ans de réclusion criminelle par la cour criminelle du Morbihan en mai 2025.
En marge de cette rencontre, organisée à Vannes où le ministre de la Justice a posé la première pierre du futur centre pénitentiaire, Gérald Darmanin a réaffirmé être « favorable » à « l’imprescriptibilité des crimes qui touchent les enfants ».
L’imprescriptibilité des crimes sexuels sur mineurs est l’une des revendications portées par le collectif de victimes de Joël Le Scouarnec. En effet, dans le premier volet de ce tentaculaire dossier, la chambre de l’instruction de la cour d’appel de Rennes avait estimé en décembre 2022 que 19 faits ne pouvaient figurer au dossier d’instruction en raison de la prescription.
« C’est ma position depuis longtemps »
« Je suis favorable, comme eux, à l’imprescriptibilité des crimes qui touchent les enfants, et singulièrement des crimes sexuels », a déclaré le ministre de la Justice. « Indépendamment de cette affaire Le Scouarnec, qui est absolument terrible, il y a par ailleurs des causes traumatiques qui empêchent les enfants, y compris lorsqu’ils sont avancés dans l’âge adulte, de savoir qu’ils ont subi des crimes, et notamment des viols, de pouvoir en parler », a-t-il ajouté lors d’un micro tendu.Le garde des Sceaux a profité de cette prise de parole pour rappeler que son positionnement sur cette question n’est pas récent. « C’est ma position depuis longtemps, je la porte aujourd’hui dans le débat parlementaire. Je l’ai portée dans un amendement adopté à l’Assemblée nationale sur la loi enfance qui arrive au Sénat, et peut-être demain dans la loi intégrale. »
« Rien n’a encore été établi »
Au sortir de leur rendez-vous avec le ministre de la Justice, l’une des porte-paroles du collectif a estimé auprès d’ICI Armorique « qu’aujourd’hui, on peut considérer que c’est une avancée d’avoir été entendue », précisant toutefois n’être « qu’au début du travail ». « Nos mesures sont dans les mains de son cabinet, mais rien n’a encore été établi », a-t-elle ajouté après deux heures d’entrevue.
Lors du micro tendu, le ministre de la Justice a par ailleurs affirmé être d’accord avec une seconde revendication du collectif: « augmentation de la durée de la peine lorsqu’il y a sérialité de viols », a-t-il assuré.
« Il n’apporte pas de solutions d’accompagnement, de mesures d’enquête, des moyens supplémentaires qui permettraient que cette sérialité (des actes commis par Joël Le Scouarnec, NDLR) soit traitée en bonne et due forme », a pourtant regretté Manon Lemoine, aussi porte-parole du collectif. « On a pu lui dire, maintenant, à voir si ça amènera à des actes. »
La veille de sa rencontre avec le ministre de la Justice, Manon Lemoine avait plaidé pour une réflexion globale sur la justice, disant espérer « un vrai travail de fond » sur les moyens, au micro de France info, quoique redoutant « une posture politique » de Gérald Darmanin. Elle avait rappelé que la parole des victimes devait être « entendue » et mieux prise en compte, et avoir alerté le ministère de la Justice depuis « plus d’un an ».
Article original publié sur BFMTV.com

