Oubliez ce que vous savez de Molière et de ses Femmes savantes. Au Théâtre du Rond-Point, la mise en scène d’Emma Dante remet les compteurs à zéro en arrachant la pièce aux griffes du temps et de la psychologie, en l’exfiltrant même des zones où s’affrontent cause des femmes et domination masculine. Cette artiste sicilienne qui n’avait jamais travaillé Molière et jamais dirigé la troupe de la Comédie-Française (délocalisée hors de ses murs en raison de travaux) aborde sa matière avec un aplomb monstre.
Caricature, parodie, emphase, elle ne s’interdit rien. Son recours au trop-plein de gesticulations frôle parfois l’enrobage, mais les excès ont le mérite d’ancrer le texte dans les rails du comique. Un registre qui, pris au pied de la lettre, révèle la nature explosive et la mécanique diabolique du rire. Aussi hilarantes soient-elles, Les Femmes savantes grincent des dents d’une manière salutaire.
Aliénation contre émancipation
La représentation s’inscrit dans une esthétique saturée de couleurs qui propulse le classicisme du XVIIe siècle vers les trépidations d’une farce psychédélique déroulée sous acide. C’est entre de hauts paravents mobiles recouverts d’un papier peint à l’ancienne que prennent place les personnages : les parents (Chrysale et Philaminte), leurs filles (Armande et Henriette), les prétendants (Clitandre et Trissotin), l’oncle et la tante, le phraseur, le notaire et la servante. Servis par des acteurs fabuleux qui ne boudent pas leur plaisir d’incarner, en alexandrins, des bouffons ridicules, les protagonistes moliéresques viennent livrer de multiples batailles : sociale, sexuelle, intellectuelle et générationnelle.
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