- La France a mené dans la nuit de lundi à mardi un grand exercice de dissuasion nucléaire dans son espace aérien.
- Une manœuvre exceptionnellement ouverte à quelques médias.
- Une équipe de TF1 était à bord d’un avion ravitailleur.
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Le 13H
Son nom de code : opération Poker. Quarante avions Rafale, Mirage 2000, avion-radar Awacs et ravitailleurs A330 MRTT ont été mobilisés au-dessus d’une grande partie du territoire français tout au long de la nuit de lundi à mardi pour mener un raid nucléaire fictif. Pour suivre au plus près cette opération de dissuasion, une équipe de TF1 a pu embarquer à bord d’un avion ravitailleur.
Le reportage du JT de 13H visible en tête de cet article montre ce qu’il se passerait si le président de la République donnait l’ordre de lancer la bombe nucléaire. En rouge sur l’image ci-dessous, l’ennemi fictif. Il faut d’abord se rassembler. 40 avions venant de toute la France se rejoignent au-dessus de la Bretagne. Puis les avions Rafale censés porter le missile nucléaire et les chasseurs d’escorte descendent la façade atlantique, longent les Pyrénées jusqu’à la Méditerranée. « Si on déplie l’ensemble du profil de vol, cela correspond à la distance effectuée lors de l’opération Hamilton »,
un raid mené en 2018 depuis la France contre des sites d’armes chimiques en Syrie, relève auprès de l’AFP le colonel Clément, membre des Forces aériennes stratégiques (FAS).
On manœuvre à des vitesses qui sont autour de 700-800 km/h, mais c’est quelque chose pour lequel on s’entraîne.
On manœuvre à des vitesses qui sont autour de 700-800 km/h, mais c’est quelque chose pour lequel on s’entraîne.
Colonel Manuel, de l’état-major de l’armée de l’Air et de l’Espace
Au petit jour, huit chasseurs Rafale viennent se ravitailler tour à tour. « On manœuvre à des vitesses qui sont autour de 700-800 km/h, mais c’est quelque chose pour lequel on s’entraîne »
, explique face à notre caméra le colonel Manuel, de l’état-major de l’armée de l’Air et de l’Espace. La manœuvre est technique pour les pilotes. Aidés par l’équipage à bord de l’avion ravitailleur, ils détectent les menaces autour. Pour ce faire, la concentration est maximale.

Dernière étape : les avions de chasse, armés, sans la tête nucléaire, plongent à très basse altitude et grande vitesse vers le centre de la France pour effectuer un tir simulé du missile de plusieurs centaines de kilomètres de portée.
La munition pèse 800 kg. Sa puissance : plus de 20 fois Hiroshima. « Cela permet aussi de s’inscrire dans des conditions parfaitement réalistes, de voir comment mon avion réagit au combat, comment il réagit lors d’un ravitaillement en vol, et vraiment de m’entraîner au plus près du réel, jusqu’au bout pour cette mission »,
ajoute le colonel Manuel, lui-même pilote de Rafale.

La France doit fermer entièrement son espace aérien. Evidemment, cela envoie un message très fort aux autres pays qui le voient instantanément.
La France doit fermer entièrement son espace aérien. Evidemment, cela envoie un message très fort aux autres pays qui le voient instantanément.
le général Etienne Gourdain, commandant en second des FAS
« Une quarantaine d’avions qui s’entraînent en même temps, cela n’arrive que quatre fois par an. Parce que, pour cela, la France doit fermer entièrement son espace aérien. Évidemment, cela envoie un message très fort aux autres pays qui le voient instantanément, et qui donc savent que la France s’entraîne à la dissuasion nucléaire »
, indique Charline Hurel, l’envoyée spéciale de TF1 à bord de l’A330 MRTT.
Là où, en temps de guerre, la règle est de se dissimuler, l’aviation porteuse de tête nucléaire reste volontairement visible de tous, pour décourager. « Tout adversaire ou acteur étatique qui voudrait s’en prendre à nos intérêts vitaux doit être convaincu que l’on sera en mesure de lui infliger des dommages inacceptables »
, souligne le général Étienne Gourdain, commandant en second des FAS. « On s’inscrit dans la dynamique du président de la République »
, chef des armées et unique détenteur du bouton nucléaire, commente-t-il.
L’ultime recours n’est employable par le Président qu’en cas de légitime défense. Dans un discours consacré début mars à la doctrine de dissuasion française, Emmanuel Macron a annoncé une augmentation à venir du nombre de têtes nucléaires face à l’accumulation des menaces et exposé le concept de « dissuasion avancée »
, associant huit pays européens mais « sans aucun partage de la décision ultime ».











