Selon The Economist, le Japon connaît un durcissement inédit de son discours politique à l’égard des étrangers, expatriés compris, au moment même où son économie vieillissante dépend de plus en plus d’eux. Touristes, travailleurs migrants et résidents étrangers sont désormais au centre d’une inquiétude collective.
Cette crispation s’inscrit dans un contexte chiffré précis. Depuis 2010, le nombre de résidents étrangers a doublé pour atteindre 3,7 millions. En parallèle, le pays a accueilli 36,9 millions de touristes en 2024, un record historique. Pourtant, rappelle l’hebdomadaire britannique, “l’ampleur de ces problèmes reste faible selon les standards internationaux”. Les étrangers ne représentent qu’environ 3 % de la population japonaise, très loin de la moyenne de 15 % observée dans les pays de l’OCDE.
Pour les expatriés et travailleurs étrangers, la situation est paradoxale. Le Japon aurait besoin de presque tripler leur nombre d’ici à 2040 afin d’atteindre un objectif modeste de croissance annuelle. Mais politiquement, le pouvoir entretient une ambiguïté assumée. Le Parti libéral-démocrate, au pouvoir, continue d’affirmer que le pays “n’a pas de politique d’immigration”, alors même qu’il étend discrètement ses dispositifs de recrutement de main-d’œuvre étrangère. Cette contradiction, souligne The Economist, a permis aux populistes de prospérer : “Sanseito [parti populiste et nationaliste fondé en 2020 qui connaît une percée rapide et remarquée] a pu dépeindre l’afflux d’étrangers comme une sinistre ‘invasion silencieuse’.”
Les expatriés sont pourtant omniprésents dans l’économie réelle : commerces urbains, maisons de retraite, hôtels, chantiers navals, exploitations agricoles ou coopératives de pêche. Dans les zones rurales, la dépendance est telle que l’hostilité paraît absurde. “Nous serons dans de graves difficultés si les étrangers cessent de venir ici”, avertit un responsable local cité par le journal, dont la moitié des employés sont indonésiens.
Face à la montée des discours xénophobes, les autorités locales s’inquiètent. Les gouverneurs des 47 préfectures japonaises ont publié une déclaration commune affirmant que “la xénophobie ne doit pas être tolérée”. Une mise en garde claire, alors que Tokyo envisage de limiter les entrées de travailleurs étrangers, de renforcer les sanctions administratives et d’imposer de nouvelles exigences linguistiques aux résidents permanents.
[…] Lire la suite sur Courrier international












