[Cet article a été publié le 31 août 2025, puis le 21 février 2026.]
Avant de s’engouffrer dans la forêt, un ultime geste de Lookman Sawadogo. Prendre une houe et la passer par-dessus son épaule. Comme son défunt père à l’époque. Le chant intermittent des oiseaux brise le silence qui règne sur le bosquet qui s’étend sur 40 hectares. Le pas agile, le guide contourne les arbustes, alerte ses visiteurs pour qu’ils fassent attention aux arbres épineux. Puis, devant une grande fosse qui s’étend sur plusieurs mètres, il marque un arrêt. Un projet inachevé de Yacouba Sawadogo [le père de Lookman], consacré Prix Nobel alternatif 2018 et fait Champion de la terre 2020 par les Nations unies.
“C’est un bouli [‘retenue d’eau’, en langue moré, mode d’irrigation utilisé en Afrique de l’Ouest] qui a été creusé à la main. Mais ce que le vieux [Yacouba Sawadogo] voulait, il n’a pas pu le faire. Ça demande énormément de moyens. La vision du vieux était que, quand il pleut, l’eau puisse rester. Il y a des animaux sauvages dans la forêt, comme des lièvres, des rats voleurs, des serpents, [ces bouli sont construits] pour qu’ils puissent s’abreuver”, explique Lookman. Bien entendu, en prenant le relais, c’est l’un de ses défis : s’investir pour finaliser le bouli.
Un écosystème vertueux
Devant des arbres, il commente, avec un brin de fierté. C’est entre autres l’action salvatrice de ce bosquet qui permet de protéger des espèces végétales presque disparues. Une sorte de dernier sanctuaire pour certaines espèces, dont une grande partie ont des vertus médicinales.
Sur un sol latéritique [la latérite est une roche rouge ou brune ; les sols latéritiques sont des sols pauvres], on peut voir un trou avec des abords soigneusement taillés. C’est le birboko, ou le trou de la fumure organique. “C’est le vieux qui l’a creusé à main nue, il y a plus de quarante ans. Il apportait les feuilles des arbres pour les entasser dans ce trou. Ensuite, il allait puiser l’eau dans le village pour venir l’arroser”, poursuit-il. À côté, des sortes d’abreuvoirs naturels ont été sculptés dans la pierre. “Celui-là, je l’ai creusé en 2007”, déclare Lookman en montrant sa fierté du doigt, comme pour dire qu’il y a dix-huit ans, il était déjà engagé auprès de son défunt père.
[…] Lire la suite sur Courrier international











