- Chercher la « meilleure version de soi » peut être séduisant sur le papier mais engendre culpabilité et mal-être.
- La pression des réseaux sociaux renforce cette quête d’optimisation.
- Selon la psychologue Meriem Salmi, cette obsession du bonheur absolu peut aussi se révéler néfaste pour la santé mentale.
« Sois la meilleure version de toi-même ». Cette phrase, vous l’avez sans doute lue dans les livres de développement personnel, sur le mur de votre salle de sport. Entendue dans la bouche des coachs en tout genre qui foisonnent sur les réseaux sociaux. Au premier abord, elle semble motivante et inspirante. En réalité, cette injonction à vouloir s’optimiser telle une mise à jour du système d’exploitation de votre smartphone peut avoir beaucoup de répercussions négatives sur la santé mentale. Parce que les mots ont un impact : « Ils vont s’inscrire dans le cerveau, ils vont même produire des réactions chimiques en cascade parce que le cerveau est très puissant
« , explique à TF1info, la psychologue Meriem Salmi. Et quand ça ne fonctionne pas, ça peut faire des dégâts considérables.
Surtout, ça veut dire quoi, la meilleure version de soi-même ? Par rapport à quels critères ? Derrière cette idée, il y a « la réussite, le bonheur absolu, l’amour absolu
« , détaille la psychologue. Si ces notions font rêver, « c’est vraiment le monde de l’illusion
« . Les coachs, créateurs de contenus et auteurs de livres de développement personnel ont tendance à dire que cette meilleure version de soi-même, « on l’a tous à l’intérieur de nous et c’est très culpabilisant, les gens sont mal parce que s’ils n’y arrivent pas, ils ont l’impression d’être stupides, car elle est présentée comme une évidence
« .
« Ça va au-delà de la performance »
« Ça va au-delà de la performance »
Meriem Salmi, psychologue
Il est vrai que sur le papier, dire « sois la meilleure version de toi-même », « quand on veut, on peut », « tu peux tout réussir, ça ne tient qu’à toi », peut être séduisant, et même devenir un but à atteindre dans une société qui valorise l’individualité, la performance et l’optimisation. C’est humain. Si ce n’est pas nouveau, cette volonté, d’être plus heureux, plus riche, plus stable, plus performant s’est démultipliée avec les réseaux sociaux et ses profils « parfaits ». Des profils qui n’hésitent pas à proposer des astuces, des conseils, des masterclasses, des webinaires payants pour suivre le chemin de la réussite. « C’est accentué parce que ça marche. En disant, ne vous inquiétez pas, en deux ou trois séances, vous allez gagner beaucoup d’argent, vous allez être heureux, vous allez trouver l’amour, qui pourrait résister à ça ? Ça va au-delà de la performance
« , souligne la professionnelle.
Surtout, c’est grimper une montagne sans sommet. Et, c’est oublier qu’il n’est pas possible d’être heureux tout le temps, et que toutes les émotions (même la tristesse) sont valables. C’est aussi nier le contexte ou la réalité qui nous entoure. Une personne en dépression ne peut pas aller mieux en le souhaitant très fort. La psychologue rappelle que « quand on a des troubles anxieux, parfois on n’arrive pas à se lever parce que les pensées qui travaillent notre cerveau en permanence nous scotchent sur le lit. C’est pire qu’une maladie physique
« . De même, une personne qui sort d’une relation toxique destructrice ne peut pas trouver l’amour idéal en deux séances, ni vaincre ses traumatismes et ses blessures.
L’obsession du bonheur conduit au désastre
C’est la même chose sur les corps. Certains coachs et personnalités influentes n’hésitent pas à dire qu’une personne est obèse parce qu’elle ne fait pas d’efforts et qu’elle aussi, peut devenir la meilleure version d’elle-même (perdre du poids donc), en se bougeant. Or, l’obésité est une maladie. « C’est pour ça qu’il faut avoir une approche systémique. Quand on est obèse, on a des pulsions vis-à-vis de l’alimentation
« , rappelle Meriem Salmi.
Bien sûr, chacun peut chercher à vouloir plus s’aligner, à aller mieux physiquement et mentalement, et pour la psychologue « tout est possible en travaillant avec des gens qui ont des connaissances sérieuses. Oui, on peut progresser, bien sûr. Mais chercher l’obsession du bonheur, de la réussite, elle conduit au désastre
« . Elle rappelle également que, lorsqu’on est « dans des situations difficiles, on peut apprendre à les gérer. Mais faire disparaître toutes les situations difficiles d’une vie, ce n’est pas possible
« . Et de conclure : « Tout le monde est beau au sens large du terme, tout le monde a sa place dans le monde. Attention de ne pas se laisser piéger par des gens qui vous proposent autre chose que ce que vous êtes. Ou ce que vous voulez être
« .














