lundi, mai 18

  • L’Ukraine a frappé massivement la Russie au cours du week-end avec près de 600 drones.
  • Bilan de cette attaque inédite depuis le début du conflit : au moins quatre morts.
  • Selon le général Chauvency, ces bombardements envoient un message clair à la population russe : il ne s’agit pas d’une opération spéciale mais bel et bien d’une guerre.

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Ukraine : la guerre entre dans sa 5ᵉ année

Une attaque inédite par depuis le début du conflit, en février 2022. Kiev a frappé dans la nuit de samedi à dimanche 17 mai la Russie, en utilisant environ 600 drones. Si ces représailles aux bombardements russes qui avaient eu lieu trois jours auparavant étaient attendues, elles ont surpris par leur ampleur mais aussi par le nombre de cibles. Moscou, jusqu’à ici épargnée, a elle-même été touchée. Le général François Chauvency, consultant géopolitique sur LCI, nous détaille les contours et les conséquences de cette vaste opération.

Cette attaque massive est-elle un acte isolé ou s’agit-il d’un changement dans le rapport de force entre les deux pays ?

Si les Ukrainiens avaient pu le faire avant, ils l’auraient fait. Il y a plusieurs messages possibles. Tout d’abord : nous avons des capacités de production suffisantes, et cette capacité est suffisamment développée pour frapper n’importe où, sur une grande partie de la Russie. Autre hypothèse : nous sommes capables de frapper Moscou. Mais ils l’avaient déjà fait dans le passé, il n’y a pas grand-chose de neuf. 

Ils ont une capacité de frappe massive, mais la question qui se pose consiste à savoir s’ils sont capables de le faire toutes les nuits, de la même manière que les Russes le font ? Il y aura en tout cas un message envoyé : si vous frappez Kiev, nous ferons la même chose. Mais je vois mal aujourd’hui dans le rapport de force que l’Ukraine puisse frapper autant qu’elle le veut la Russie. 

Ces drones envoyés par centaines illustrent-ils un affaiblissement de la Russie, en particulier ses capacités de défense aérienne ? 

Il faut prendre en considération l’étendue du territoire russe, qui est le plus grand du monde. On ne peut pas tout protéger. Il faut faire des choix, avec des capacités qui sont toujours plus ou moins limitées. Tout dépend de la capacité de saturation des drones ukrainiens. En fonction du choix de la cible, plus ou moins d’engins sont utilisés. Forcément, il y a une lacune quelque part. 

Le front étant figé, ces frappes en profondeur sur des infrastructures ne sont-elles pas le seul moyen pour l’Ukraine d’attaquer son adversaire ? 

Totalement, mais cela est valable des deux côtés. On souligne depuis quelques jours que Kiev frappe la Russie sur ses infrastructures, en profondeur. Mais c’est le cas depuis des mois. Ce que font les Russes depuis quatre ans, c’est la même chose. Les armées ne peuvent combattre durablement que si l’économie est capable de suivre les efforts militaires, et si la population accepte ou non les coûts. On voit que, de part et d’autre, les deux problèmes sont évoqués.

En Russie, il y a peut-être un facteur supplémentaire : le fait qu’elle est désormais frappée de manière ouverte. Que les drones soient arrivés d’une manière massive sur la Russie, quelle que soit la cible, est un message fort envoyé à la population. Une façon de lui dire : ce n’est pas une opération spéciale, comme l’explique le pouvoir, mais une guerre.

Existe-t-il un risque pour l’Ukraine de franchir une ligne rouge en tuant de nombreux civils russes ? Cela pourrait-il avoir un impact sur le soutien des Occidentaux ?

Le discours ukrainien consistant à dire qu’ils épargnent les vies civiles dans les opérations de guerre n’est pas très pertinent. Idem du côté russe. Kiev répond à la sensibilité occidentale pour garder le soutien. Je suis très surpris, depuis quatre ans et demi, de voir que lors de frappes avec 300, 400 drones, il n’y a « que » trois ou quatre civils tués. Il y a évidemment des dommages collatéraux. La ligne rouge, ce sera quand on frappera les symboles du pouvoir. Certains lieux ont été épargnés : le Kremlin ou le palais présidentiel à Kiev.

Thomas GUIEN

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