La décision du président Javier Milei de transférer d’un musée à un régiment militaire le sabre de San Martin, héros de l’indépendance, a engendré en Argentine une forte controverse, avec les héritiers du « Libérateur » vent debout.
L’élégant sabre courbé de 95 cm de fabrication anglaise, à la poignée d’ébène mais sans fioritures, est un joyau du Musée historique national de Buenos Aires, auquel il avait été donné en 1897.
Il est surtout une pièce chérie du patrimoine historique argentin, emblème des guerres menant à l’indépendance (1816) et au-delà, des campagnes de Jose de San Martin (1778-1850) pour la libération du Chili et du Pérou.
Un décret présidentiel mardi a ordonné que le sabre passe désormais « sous la garde permanente » du Régiment des Grenadiers à cheval, fondé par San Martin, et sis à Palermo, quartier de la capitale à 12 km du musée historique. Le régiment a son propre musée, en travaux.
L’annonce a entraîné la démission indignée de la directrice du Musée historique national, Maria Inés Rodriguez, mais aussi une requête de mesure conservatoire auprès de la justice de la part des héritiers du « Libérateur ».
Ils estiment qu’un transfert du sabre violerait les conditions de la donation, et modifierait « le régime d’exposition publique d’un bien patrimonial unique, affectant le droit collectif d’accès au patrimoine culturel de la Nation ».
Le sabre a connu une histoire mouvementée. Légué par San Martin à sa mort (en exil en France) à l’homme fort de la Confédération argentine (1835-1852) Juan Manuel de Rosas, les héritiers l’ont ensuite cédé à l’Etat argentin, et il a été exhibé au Musée national pendant 70 ans, en deux occasions volé, puis récupéré.
Jusqu’à ce qu’une des dictatures d’Argentine, celle du général Ongania (1966-70) ne l’enlève pour la confier, déjà, aux Grenadiers. Le sabre avait été restitué au musée national sous la présidence péroniste de Cristina Kirchner en 2015.
La remise du sabre aux Grenadiers devrait se faire lors d’une cérémonie samedi à San Lorenzo (300 km de Buenos Aires), commémorant une bataille décisive sur place en 1813 de San Martin face aux troupes royalistes espagnoles.
La controverse sur des reliques de héros national n’est pas sans précédent en Amérique latine. Au Venezuela, l’ancien président socialiste Hugo Chavez avait ordonné l’exhumation des restes de Simon Bolivar (1783-1830), divisant le pays. Mais sans fournir de conclusion sur les causes de la mort, le but alors invoqué.
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