La France reste en alerte, samedi 14 février, face à des risques de crues provoquées par plusieurs jours d’intempéries, dont la violente tempête Nils. « On est sur un phénomène qui est d’une ampleur exceptionnelle, tant par sa localisation géographique puisque c’est quasiment l’ensemble du territoire qui est concerné, que par la durée du phénomène », a déclaré, vendredi, Mathieu Lefèvre, ministre délégué chargé de la transition écologique, dans les locaux de Météo-France, en appelant « à la plus grande vigilance ».
La Gironde et le Lot-et-Garonne, placés en vigilance rouge dès mercredi, ont été maintenus à ce stade d’alerte pour le week-end. « De nombreux cours d’eau ont déjà atteint des niveaux de débordements localisés, voire dommageables », écrit, dans son bulletin de 6 heures, l’organisme de surveillance Vigicrues qui a évoqué une situation de « crue généralisée » dans le pays. « Pour les cours d’eau en vigilance orange ou rouge, des débordements importants et majeurs sont en cours ou attendus dans les prochaines vingt-quatre heures », ajoute-t-il.
Treize autres départements sont en vigilance orange, particulièrement dans l’ouest du pays, de l’Ille-et-Vilaine à l’Ariège en passant par la Charente-Maritime, et environ 70 en vigilance jaune dans le reste du pays.
L’épisode n’est « pas du tout terminé » en raison de nouvelles pluies attendues, a averti, vendredi, Lucie Chadourne-Facon, directrice de Vigicrues. « Les perturbations qui arrivent vont réalimenter les crues. Donc on n’est pas du tout dans une logique de retour à la normale dans les jours qui viennent », a-t-elle ajouté.
« Il vaut mieux prévoir le pire »
Après la tempête Nils, qui a causé au moins deux morts en France et fait de nombreux dégâts matériels, Météo-France a relevé de « forts cumuls » de pluies « sur des sols déjà détrempés », avec par endroits 60 à 100 mm de mardi à jeudi, « localement 150 mm en 72 heures », notamment sur le Massif central, le Périgord et la vallée de la Garonne.
Les tronçons de ce fleuve situés entre Agen (Lot-et-Garonne) et Langon (Gironde) sont particulièrement surveillés, avec un pic attendu « dans la nuit de samedi à dimanche » à La Réole (Gironde).
Des évacuations d’habitants ont eu lieu, vendredi, sur les rives de la Garonne, la crue inondant partiellement plusieurs municipalités. Dans le Lot-et-Garonne, « près de 900 personnes ont été évacuées sur 20 communes », notamment « à la suite de l’endommagement de digues naturelles », selon la préfecture d’Agen.
A Aiguillon (Lot-et-Garonne), agglomération rurale d’environ 4 000 habitants, la municipalité a mis en œuvre des évacuations préventives. « Il vaut mieux prévoir le pire plutôt que de se retrouver à agir dans l’urgence », justifie le maire, Christian Girardi. « On ne peut pas obliger les gens à évacuer mais pour ceux qui voudront, nous sommes prêts. On a réquisitionné le gymnase, installé des lits de camp, commandé des plateaux-repas. »
Des interventions techniques compliquées
La préfecture de Gironde a mis en garde, vendredi, contre une brèche présente sur une digue à Jusix (Lot-et-Garonne), qui menace deux communes et 600 habitants au total. Aux abords de La Réole, « des submersions de digues sont attendues », a-t-elle aussi averti. A Bergerac, en Dordogne, près d’une trentaine de personnes ont fait l’objet d’une évacuation préventive.
Ces crues ralentissent le travail des techniciens venus rétablir les réseaux malmenés par Nils, comme l’explique Eric Van der Vliet, directeur territorial d’Enedis pour la métropole bordelaise et présent jeudi sur un chantier de réparation. « C’était totalement inaccessible. Il faut tout porter à pied et on s’embourbe. Donc c’est vraiment très compliqué », a-t-il expliqué lors d’une conférence de presse.
Vendredi soir, 70 % des clients avaient pu être réalimentés en électricité au niveau national mais plus de 260 000 foyers restaient privés de courant, selon Enedis.













