- Les streamers Naruto et Safine sont jugés ce lundi pour des violences en ligne qui illustrent les dérives de certaines plateformes.
- Les deux hommes, âgés de 27 ans et 24 ans, animaient la chaîne internet sur laquelle Jean Pormanove est mort en direct l’été dernier.
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Les streamers Naruto et Safine, qui animaient la chaîne internet « Le Lokal » sur laquelle Jean Pormanove est mort en direct l’été dernier, sont jugés lundi après-midi pour des violences en ligne qui illustrent les dérives de certaines plateformes. Le procès, qui doit s’ouvrir à 13h30 devant le tribunal correctionnel de Nice, ne portera pas sur la mort de Jean Pormanove, 46 ans, de son vrai nom Raphaël Graven, l’autopsie ayant conclu à l’absence d’intervention d’un tiers dans ce décès.
Mais Owen Cenazandotti, alias Naruto, 27 ans, et Safine Hamadi, 24 ans, devront répondre de violences en réunion, abus de faiblesse, diffusion d’images violentes, provocation à la haine ou à la violence, en raison du traitement de Raphaël Graven et de deux autres personnes au cours des mois précédant le décès.
Des scènes de violence en direct
L’affaire avait débuté fin 2024, quand Mediapart a évoqué des vidéos sur la chaîne de Naruto et Safine, diffusée depuis un local de Contes, commune proche de Nice, sur la plateforme australienne Kick. La justice avait ouvert une enquête portant sur des scènes montrant Raphaël Graven se faire insulter, frapper, tirer les cheveux, menacer ou encore tirer dessus sans protection avec des projectiles de paintball, lors de directs sur cette chaîne suivie par près de 200.000 personnes.
Une autre personne, Stéphane G., surnommé Coudoux et visiblement handicapé, apparaissait aussi victime de violences, tandis qu’une vidéo montrait un mineur jeté sur Raphaël Graven dans le cadre d’un combat de catch. Tous deux sont cités comme victimes dans la convocation.
Des vidéos rémunératrices
Les deux streamers avaient été placés en garde à vue en janvier 2025 mais avaient assuré, tout comme les personnes apparaissant comme victimes, que les violences n’étaient que simulées dans le cadre de mises en scène pour attirer les spectateurs et les inciter à verser de l’argent, les sommes étant ensuite réparties entre tous les protagonistes. Tous avaient alors été relâchés.
Selon le parquet de Nice, les vidéos étaient très rémunératrices : entre 2021 et 2025, Raphaël Graven a perçu près de 140.000 euros au moins provenant de plusieurs plateformes. Pour Naruto, c’était près de 460.000 euros entre 2022 et 2025. Et Safine a perçu plus de 200.000 euros entre 2021 et 2025.
Douze jours d’humiliations
La mort de Jean Pormanove en août 2026, dont le corps a été retrouvé en direct inerte sous un drap après douze jours de live montrant des violences et des humiliations, a choqué le monde et relancé l’affaire. Après le décès, des proches des streamers niçois ont assuré que cet homme de santé fragile, qui avait accumulé les petits boulots après plusieurs années dans l’armée, vivait « sa meilleure vie »
aux côtés des deux jeunes hommes qu’il qualifiait de « petits frères ».
Un militaire à la retraite, ancien ami de Raphaël Graven, avait cependant décrit à l’AFP un homme « crédule »,
estimant qu’il se faisait « manipuler ».
Parallèlement à la procédure niçoise, une enquête est en cours à Paris sur Kick, pour déterminer si elle a rémunéré les streamers et quels freins elle a mis aux dérives après la mort de Raphaël Graven. Des mandats d’arrêt avaient été requis fin janvier contre les gérants de la plateforme australienne pour qu’ils soient entendus.
Après la mort de Pormanove, Kick avait banni le « Lokal », la chaîne de Naruto et Safine, mais en septembre, Gwen Cenazandotti, petit frère de Naruto, a relancé des séances de streaming avec d’anciens réguliers de la chaîne, depuis le même local de Contes, cette fois sur la plateforme Twitch.
Dans des extraits diffusés par Mediapart, on voit les participants échanger des insultes et on entend, caméra coupée, des coups et des rires. Le parquet de Nice a alors ouvert une nouvelle enquête, tandis que le matériel informatique a été saisi et le local placé sous scellés.











