L’écrivain américain Francis Scott Fitzgerald a écrit qu’« il n’existe pas de deuxième acte dans la vie des Américains ». Il ne voulait pas dire par là que les Américains ne se donnent pas de deuxième chance, mais qu’ils ne possèdent pas la patience (ou le goût de la sophistication) nécessaire pour se plonger dans un récit avec des personnages complexes, dont la construction constitue en règle générale l’acte II d’une pièce de théâtre. Ils préfèrent passer directement à ce qui fait généralement le troisième acte : la confrontation et le dénouement – qu’il s’agisse d’une victoire triomphale ou d’une dure leçon d’humilité.
La deuxième année du second mandat du président américain, Donald Trump, semble donner raison à Fitzgerald : c’est une suite de coups de théâtre dignes d’un troisième acte. Au cours du premier mois de l’année 2026 seulement, l’administration Trump a enlevé le président du Venezuela, menacé d’annexer le Groenland – désintégrant pratiquement au passage l’OTAN [Organisation du traité de l’Atlantique Nord] – et proposé de remplacer les Nations unies par le flambant neuf Conseil de la paix.
Dans le cas du président américain, l’acte I correspondrait à tout ce qui a mené à cette situation. Et la période la plus représentative de ce premier acte pourrait être celle où il a joué le rôle d’animateur star de l’émission de télé-réalité The Apprentice [2004-2015]. Une émission dans laquelle de jeunes Américains devaient accomplir une série d’épreuves censées révéler leur sens des affaires. Dans un imposant bureau, Trump, patron infaillible, rendait le jugement final (« Vous êtes viré ») à des candidats hautement télégéniques.
La trame et les rebondissements de l’émission étaient aussi artificiels que peut l’être un match de catch professionnel. Toujours est-il que Trump est parvenu à donner de lui une image de chef efficace, qui dit ce qu’il pense. Malgré le prétexte peu convaincant de l’émission, c’est cette image qui l’a propulsé à la présidence en 2016 – en plus de ses insinuations racistes contre le président sortant, Barack Obama, de ses piques misogynes contre son adversaire démocrate, Hillary Clinton, ainsi que d’une répartition des voix des grands électeurs lui ayant permis de compenser un retard de près de trois millions de voix par rapport à la candidate.
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