Donald Trump a ordonné « à toutes les agences fédérales du gouvernement américain de cesser immédiatement toute utilisation de la technologie d’Anthropic. Nous n’en avons pas besoin, nous n’en voulons pas, et nous ne travaillerons plus avec eux », a écrit le président américain sur son réseau social, Truth Social, vendredi 27 février.
Le républicain a qualifié d’« erreur désastreuse » le refus de la start-up californienne d’ouvrir sans restriction sa technologie d’intelligence artificielle (IA) à l’armée américaine. « Leur égoïsme met en danger des vies américaines, nos troupes et la sécurité nationale », a-t-il accusé.
Le secrétaire à la défense américain, Pete Hegseth, avait fixé un ultimatum à Anthropic, expirant vendredi à 23 h 01 (heure de Paris), pour accepter d’ouvrir sans limitation son modèle Claude, sous peine de l’obliger à s’exécuter en vertu d’une législation spécifique datant de la guerre froide.
« Les Etats-Unis ne laisseront jamais une entreprise de gauche radicale et woke dicter à notre grande armée comment combattre et gagner des guerres ! », s’est également énervé Donald Trump en majuscules. Le président américain a expliqué qu’une période de transition de six mois allait s’ouvrir, pendant laquelle le ministère de la défense en particulier allait se séparer des outils d’Anthropic.
« Caprices idéologiques des géants de la tech »
Anthropic « a donné une leçon magistrale d’arrogance et de trahison », a attaqué, de son côté, Pete Hegseth après l’expiration de son ultimatum. « Leur véritable objectif est sans équivoque : s’arroger un pouvoir de veto sur les décisions opérationnelles de l’armée américaine. C’est inacceptable », a accusé le secrétaire à la défense, dans un long message posté sur son compte X. « Les soldats américains ne seront jamais pris en otage par les caprices idéologiques des géants de la tech », a-t-il martelé.
Il a mis ses menaces à exécution en ordonnant à son ministère d’inscrire Anthropic sur la liste des entreprises qui présentent « un risque pour les approvisionnements en termes de sécurité nationale ». « Avec effet immédiat, aucun sous-traitant, fournisseur ou partenaire qui collabore avec l’armée américaine ne peut s’engager dans une quelconque activité commerciale avec Anthropic », a expliqué Pete Hegseth.
Ne sont inscrites actuellement sur cette liste que des sociétés étrangères dont les autorités américaines craignent que leurs produits ne servent à des activités susceptibles de menacer la sécurité nationale du pays. C’est le cas, par exemple de l’équipementier chinois Huawei ou du spécialiste russe des logiciels antivirus Kaspersky.
Des systèmes pas encore assez fiables
« Ces menaces ne changent pas notre position : en toute conscience, nous ne pouvons pas accéder à leur demande », avait écrit dans un communiqué le patron d’Anthropic, Dario Amodei, qui a signé en juin un contrat de 200 millions de dollars (170 millions d’euros environ) avec le gouvernement américain.
Avec cette décision, Anthropic pose en fait une limite éthique à l’utilisation de sa technologie − à laquelle l’armée et le renseignement américains ont déjà recours pour la défense du pays − dans deux cas précis : la surveillance de masse des citoyens américains et les armes mortelles entièrement autonomes. « Utiliser ces systèmes à des fins de surveillance de masse domestique est incompatible avec les valeurs démocratiques », défend Dario Amodei.
Le dirigeant quadragénaire, qui avait été convoqué mardi par Pete Hegseth, insiste sur le fait que les systèmes les plus avancés d’IA ne sont pas encore fiables au point de leur confier le pouvoir de contrôler des armes mortelles – et donc de tuer – sans une supervision humaine en dernier ressort. Les armes entièrement autonomes « doivent être déployées avec des garde-fous appropriés, qui n’existent pas aujourd’hui », a estimé Dario Amodei.
« Nous ne fournirons pas sciemment un produit qui met militaires et civils américains en danger », a-t-il tranché. « Anthropic comprend » que c’est le ministère de la défense, « pas les entreprises privées, qui prend les décisions militaires. Cependant, dans un nombre restreint de cas, nous pensons que l’IA peut nuire aux valeurs démocratiques, plutôt que les défendre », prend-il position.
Des employés de Google et OpenAI soutiennent Anthropic
Face à la pression exercée par le gouvernement Trump, quelque 400 employés de Google et OpenAI ont exprimé, vendredi, leur soutien à Anthropic dans une lettre ouverte. « Le Pentagone négocie avec Google et OpenAI pour leur faire accepter ce qu’Anthropic a refusé », écrivent-ils. « Nous espérons que nos dirigeants vont mettre leurs différences de côté et s’unir pour refuser les demandes » du ministère de la défense, exhortent les auteurs.
Dans un autre appel publié vendredi, des syndicats et organes de représentation de salariés d’Amazon, Microsoft et Google ont demandé à leurs employeurs de « rejeter les demandes du Pentagone ». Le ministère de la défense américain assure qu’il entend se servir des modèles de ses fournisseurs d’IA dans le respect de la loi.
Fondée en 2021 par des anciens d’OpenAI, Anthropic a toujours revendiqué une approche éthique de l’IA. Début 2026, la start-up a publié un document appelé constitution qui détaille une série d’instructions données à Claude pour encadrer sa production. Elles visent notamment à « empêcher des actions à la dangerosité inappropriée ».













