Le centre Omid, fondé en 2016 sur une ancienne base de l’Otan, avait été agrandi après le retour des talibans pour atteindre une capacité de 2 000 lits. Il englobe aussi l’hôpital Ibn e Sina adjacent, qui fournit des soins essentiels aux patients. Panneaux en langue locale, documentaire d’Al Jazeera, images satellites : de nombreuses informations publiques identifiaient clairement le site comme centre de désintoxication.
Amnesty International a analysé plus de 60 photos et vidéos, dont certaines diffusées par l’armée pakistanaise, ainsi qu’une trentaine d’images satellites : « Si on fait l’analyse des photos et des vidéos, on se rend compte que sur site ne se trouvaient que des patients, des malades », résume Aymeric Elluin, chargé de plaidoyer armes et conflits à Amnesty au micro de Jelena Tomic du service international de RFI.
Les preuves numériques examinées par Amnesty montrent au moins trois zones fortement endommagées : un grand hangar abritant des patients, la cuisine et le réfectoire ; un entrepôt alimentaire ; et une zone de stockage de charbon, bois et produits de première nécessité. « À aucun moment on a retrouvé sur site des éléments attestant qu’il y avait une cible militaire légitime », indique-t-il.
Une protection spéciale bafouée pour un établissement médical
Pour Amnesty, cette frappe « bafoue la protection spéciale dont bénéficient les établissements de santé » en droit international humanitaire. Aymeric Elluin rappelle que « les hôpitaux qui sont trop souvent pris pour cible dans les conflits armés ces dernières années, font l’objet d’une protection spéciale. Ils ne peuvent pas être visés ». Il évoque les « principes humanitaires à respecter qui sont les principes de distinction, proportionnalité, précaution » et affirme qu’« aucun de ces principes n’a été respecté ».
Dans le communiqué, Isabelle Lassee, directrice régionale par intérim pour l’Asie du Sud à Amnesty International, estime que « l’attaque contre le Centre Omid relève d’une grave violation du droit international humanitaire, susceptible de constituer un crime de guerre ». Elle souligne que le Pakistan était tenu de vérifier que la cible était bien un objectif militaire et que « les autorités pakistanaises ne pouvaient ignorer que l’établissement était un objectif civil ».
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« On ne peut pas laisser le silence étouffer ce qui s’est passé »
Cette frappe s’inscrit dans une montée des opérations pakistanaises en Afghanistan : entre janvier et mars 2026, la Manua a recensé plus de 750 victimes civiles dans le pays, sur fond d’affrontements transfrontaliers avec les talibans. Amnesty s’inquiète d’un « risque de renforcement de l’impunité » si les violations graves ne sont pas enquêtées. « On ne peut pas laisser le silence étouffer ce qui s’est passé », lance Aymeric Elluin.
Amnesty International demande au Pakistan une enquête « transparente, approfondie, indépendante et impartiale » sur cette frappe, notamment sur le processus décisionnel qui a conduit à prendre le Centre Omid pour cible, et que les conclusions soient rendues publiques. L’ONG appelle à ce que toute personne soupçonnée d’être pénalement responsable soit poursuivie, y compris dans le cadre de la responsabilité du commandement.
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