Les entrées illégales dans l’Union européenne (UE) ont beau avoir chuté de 37% au premier semestre de 2026 par rapport à la même période l’an dernier et aucune « personne n’a[voir] atteint l’Espagne continentale ou le reste de l’UE » depuis Ceuta la semaine dernière selon la Commission, qu’importe les faits et les chiffres : l’épisode a été largement exploité par la droite et l’extrême droite européenne, indique notre correspondant à Bruxelles, Jean-Jacques Héry.
Avec succès, puisque cela a conduit à la réunion de ce mardi 4 août au cours de laquelle l’Espagne risque de se retrouver très isolée face à 22 États membres emmenés par l’Italie qui tiennent le gouvernement de Pedro Sanchez pour responsable de la crise en raison de sa politique jugée trop favorable aux sans-papiers. D’autant plus qu’en amont de la rencontre, Ursula von der Leyen a, elle aussi, adopté la posture d’un durcissement dans une lettre adressée au chef du gouvernement espagnol dans laquelle celle-ci lui propose même « une surveillance accrue et, lorsque cela est nécessaire, l’utilisation de barrières physiques ».
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Giorgia Meloni veut proposer le « modèle Albanie »
Alors que le renforcement du soutien à Frontex, l’agence européenne en charge des frontières, doit notamment être évoqué au cours de la visioconférence, le ministre italien de l’Intérieur, Matteo Piantedosi, entend quant à lui proposer à ses partenaires une généralisation du modèle de l’accord migratoire Italie-Albanie, autrement dit le développement d’un réseau européen de « hubs de retour » dans des pays tiers qui serait financé par l’UE. La liste préliminaire compte des pays africains comme l’Ouganda, le Ghana, la Tunisie, l’Égypte ou encore l’Ouzbékistan, en Asie centrale.
Reste que depuis l’ouverture de centres d’identification et de rétention en Albanie en octobre 2024 sous juridiction et gestion italienne, ce projet réservé à des hommes adultes n’a pas fait ses preuves, y compris après la réorientation des structures, fin 2025, pour en faire essentiellement des centres de rapatriement de migrants provenant de centres de détention en Italie. En cause : divers obstacles juridiques et logistiques, rapporte notre correspondante à Rome, Anne Le Nir.
Selon l’Institut de recherche Idos et l’ONG Tavolo Asilo e Immigrazione, seuls 685 migrants ont en effet transité dans ces centres entre 2025 et 2026 alors que Giorgia Meloni prévoyait qu’il y en ait jusqu’à 3 000 par mois sur les sites de Shëngjin et de Gjadër.
Quant aux rapatriements – qui exigent le retour en Italie des migrants reconduits avant leur expulsion vers leur pays d’origine -, il n’ont concerné que 101 personnes pour un coût estimé à 495 000 euros par individu. Pour la seule année 2026 qui plus est, les dépenses de l’État italien allouées à la gestion de ces centres s’élèvent à plus de 133 millions d’euros.
Si le gouvernement Meloni n’en demeure pas moins décidé à poursuivre l’expérience, espérant notamment remplir ses centres en Albanie d’ici au début de 2027 – le pays sera alors en pleine campagne pour les législatives -, cette politique n’en demeure pas moins suspendue à plusieurs décisions de justice. D’une part, la Cour de justice de l’Union européenne doit prochainement délibérer sur la conformité de l’accord migratoire Italie-Albanie au droit européen. De l’autre, la Cour de cassation de Rome va quant à elle devoir rendre son arrêt définitif sur les recours présentés par le ministère italien de l’Intérieur contre l’invalidation par plusieurs tribunaux du transfert de migrants en Albanie.
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