L’Assemblée nationale a rejeté, mercredi 14 janvier, les deux motions de censure déposées par La France insoumise (LFI) et le Rassemblement national (RN) pour dénoncer l’accord de libre-échange que l’Union européenne signera samedi avec plusieurs pays du Mercosur et protester contre la « capitulation » du gouvernement français.
Seuls 256 députés ont voté la censure déposée par LFI alors que la majorité requise pour faire chuter le gouvernement était de 288, la droite et le PS refusant de s’y associer. La motion de censure du Rassemblement national (RN) a connu le même sort, avec seulement 142 députés ayant voté pour.
Les députés examinaient ces deux motions de censure au lendemain des nouvelles annonces du premier ministre, Sébastien Lecornu, pour tenter de diminuer le mouvement de protestation agricole, qui s’est notamment poursuivi à Toulouse mercredi matin.
Si la France a voté contre la signature de l’accord, l’extrême droite et la gauche, à l’exception du Parti socialiste (PS), ont dénoncé une « opposition de façade » ayant échoué à faire barrage à l’accord. Le premier ministre a fustigé « les tireurs couchés » qui « tirent dans le dos de l’exécutif » avec des motions de censure alors que le pays doit « affronter des dérèglements internationaux ».
Malgré l’opposition unanime de la classe politique à cet accord, ces deux motions n’avaient guère de chances d’être adoptées, ni le PS ni Les Républicains (LR) ne souhaitant s’y associer. Le premier secrétaire du PS, Olivier Faure, avait écarté dimanche un vote en faveur du texte, jugeant « absurde » de censurer le gouvernement au moment où le président de la République, Emmanuel Macron, a dit non au traité.
« J’avais dit avant la semaine dernière que si Emmanuel Macron votait pour le texte, alors nous pourrions censurer (…). Il a voté contre », a justifié mercredi le président de LR, Bruno Retailleau, sur Europe 1-CNews. « La motion de censure en France, ça n’apporte rien du tout. C’est désormais au Parlement européen que cela va se jouer », a-t-il aussi fait remarquer.
Le dépôt de ces motions de censure avait fait vivement réagir l’exécutif qui avait agité vendredi la menace d’une nouvelle dissolution en cas de censure du gouvernement, faisant savoir qu’il se préparait à des législatives anticipées en même temps que les municipales en mars.
« Capitulation face à la Commission européenne »
L’exécutif avait fait un geste en direction des agriculteurs en s’opposant vendredi à la signature de l’accord avec le Mercosur – en vain, cette position étant minoritaire en Europe. Malgré le non d’Emmanuel Macron, LFI accuse le président d’avoir « laissé ouverte la porte de la capitulation [du] pays face à la Commission européenne », voyant dans ses tentatives d’obtenir des contreparties des « artifices ».
Au-delà de l’agriculture, la présidente du groupe LFI à l’Assemblée, Mathilde Panot, a justifié sur France 2 cette motion pour dénoncer « un gouvernement minoritaire qui est illégitime et continue une politique coûte que coûte dont plus personne ne veut dans le pays ».
Le RN reproche, de son côté, à l’exécutif d’avoir échoué à faire barrage à l’accord en « n’utilisant pas tous les moyens de négociation à sa disposition ». « Il n’est pas normal que la France, deuxième contributeur net au budget de l’UE, se fasse imposer un tel accord qui lui est si défavorable », jugent les députés d’extrême droite. La motion sert « à soutenir les agriculteurs, ensuite à dénoncer l’hypocrisie et la nullité de ce gouvernement en la matière », a expliqué son vice-président, Sébastien Chenu, sur Franceinfo.
Le groupe Gauche démocrate et républicaine (communistes et ultramarins) a annoncé mardi qu’il voterait la motion de censure de LFI, jugeant que la position du président de la République n’a « pas toujours été très claire ». Les écologistes, qui dénoncent un refus « de façade » et appellent la France à « saisir la Cour de justice de l’Union européenne pour contester l’application provisoire du traité », devraient faire de même.















